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"Expliquez-nous": pourquoi Elizabeth II évoque une année "semée d'embûches" ?

Jonathan Bouchet-Petersen nous explique pourquoi la reine d'Angleterre a eu raison, mercredi lors de son traditionnel discours de Noël, de parler à propos de 2019 d’une "année semée d'embûches".

Sur le plan privé comme sur le plan politique, l’année a été particulièrement chargée pour la Reine comme pour le Royaume-Uni. Pourtant, du haut de ses 93 ans dont 67 passés sur le trône, Elizabeth II en a connu d’autres des années compliquées. En 1992, elle avait marqué les esprits en parlant d'une «annus horribilis». Cette année-là, rien ne lui avait été épargné : ses deux fils s’étaient séparés de leurs épouses respectives, sa fille Anne avait divorcé et le château de Windsor avait été ravagé par les flammes.

Il faut dire qu’en Angleterre, la vie, en particulier privée, de la famille royale est un sujet d’intérêt public, et même une passion nationale, avec une presse tabloïd autrement plus trash que nos titres people. 

1997 fut aussi une autre année noire, avec la mort à Paris de la princesse Diana. Mercredi, dans son discours de Noël, la Reine a évoqué une année «semée d’embûches », mais elle aussi salué le combat des jeunes pour le climat et, surtout, appelé les Britanniques à surmonter leurs divisions. De façon assez énigmatique, elle a aussi dit, tel le Dalaï Lama: "Des petits pas peuvent entraîner d'énormes différences".

Un nouveau Premier ministre

Le feuilleton du Brexit, qui semble bel et bien parti pour se concrétiser fin janvier, reste, en ce moment, le dossier majeur outre-Manche. La Reine et la famille royale ne parlent jamais de politique en public, quand elle délivre un discours sur le programme du gouvernement, c’est le cabinet du Premier ministre qui en rédige le moindre mot.

Il y a également eu cette année un changement de Premier ministre. Des Premiers ministres, elle en a vu défiler 15 depuis qu’elle est montée sur le Trône, mais avec Boris Johnson elle a décroché un sacré numéro. La crise a notamment été forte quand juste après son arrivée au 10 Downing Street, le Matignon anglais, il a suspendu les travaux du Parlement. 

Quand elle met en garde contre la désunion du pays et plus largement du royaume, la Reine est complètement dans son rôle. 

Sur le plan familial, l’année n’a pas non plus été de tout repos pour la couronne britannique. Mercredi lors de son discours de Noël diffusé à la télé, un détail a retenu l’attention des médias britanniques, et pour une fois rien à voir avec la tenue d’Elizabeth II particulièrement sobre même si elle arborait un sacré collier de perles et une belle broche en diamants.

Sur sa table, plusieurs photos des siens étaient soigneusement disposées, et même clairement mises en évidence. Or aucun trace sur ces clichés de son fils le prince Andrew ou de son petit-fils Harry et son épouse Meghan Markle. Ce n’est évidemment pas un hasard. 

Concernant le couple Harry-Meghan, pas la même limonade que celui formé par William et Kate, ils payent le fait de s’affranchir parfois du protocole alors qu’ils auraient vocation à rester plus discrètement dans le rang, derrière leurs aînés. Les Anglais raffolent du récit des tensions entre les deux couples, la Reine beaucoup moins. Leur train de vie a aussi été la cible de critiques.

Le prince Andrew cité dans l'affaire Epstein

Harry finit, le 4 octobre, par porter plainte contre The Sun et The Daily Mirror, qu'il accuse d'avoir hacké certains messages vocaux sur son portable personnel. "Le communiqué extraordinaire d'Harry est peut-être la dernière chose dont la reine avait besoin", fustige alors le Telegraph

Plus grave, le nom du prince Andrew apparaît, lui, dans l’affaire Epstein. Là, on est plus dans le cancan people, mais dans le glauque. Le prince Andrew est, en effet, mis en cause pour ses liens avec le financier américain Jeffrey Epstein, qui, accusé d'avoir exploité sexuellement des jeunes filles mineures pendant des années, s'est suicidé en prison. Une Américaine, notamment, accuse le prince Andrew d'avoir eu des relations sexuelles avec elle tandis qu'elle se trouvait sous l'emprise de Jeffrey Epstein. 

Le deuxième fils de la reine s'est retiré de toutes ses obligations publiques après une interview à la BBC qui a tourné au fiasco mi-novembre. Un épisode inédit dans l’histoire de la monarchie britannique. Mercredi matin, Andrew était toutefois aux côtés de sa mère pour la messe de Noël. 

Jonathan Bouchet-Petersen