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"Expliquez-nous": pourquoi le régime iranien est contesté de l'intérieur après leur "erreur" de missile

L’avion ukrainien abattu au dessus de l’Iran la semaine dernière a été touché non pas par un mais par deux missiles. Et en Iran, la colère de la population contre cette “bavure” ne retombe pas et pourrait faire vaciller le régime.

On sait maintenant que le Boeing ukrainien a été abattu jeudi dernier, avec 176 civils à bord par deux missiles sol air. Sur une vidéo publiée par le New York Times on voit nettement un premier missile toucher l’appareil, ou en tout cas, exploser tout près de lui. Puis 30 secondes après, on voit un second missile cette fois faire exploser l’avion ukrainien.

Des images qui aggravent encore un peu le cas des responsables iraniens parce qu’ils ont d’abord menti pendant plus de deux jours, se disant innocents. Puis quand ils ont admis leur responsabilité, il n’ont parlé que d’un missile.

Des mensonges qui ont provoqué des manifestations dans le pays

Il s’est passé des choses inhabituelles en Iran. Le week-end dernier et lundi encore des étudiants ont manifestés près des universités. Ils ont arraché des portraits du général Soleimani, celui que les américains ont tué à Bagdad et qui venait pourtant d'être enterré par des foules immenses. Les étudiants ont aussi arraché des portraits du guide suprême l'ayatollah Ali Khamenei.

Images surprenantes aussi: les autorités avaient peint sur le sol a l'entrée d’une grande université des drapeaux américains et israéliens de façon à ce que les étudiants marchent sur les drapeaux, façon d’insulter ces deux pays. Et que s’est il passé ? Et bien les étudiants sont passés en file indienne le long des murs pour ne pas marcher sur les drapeaux. Et ils ont scandé : notre ennemie, c’est le régime, pas l’Amérique.

Ce qui est plus inhabituel encore c’est que quelques images de ces manifestations sont passées sur la télévision d’état. Signe peut être de dissension au sein du régime.

Ali Khamenei affaibli

Le chef suprême du pays, le guide Ali Khamenei va prendre la parole vendredi lors de la grande prière. Et ce n'était pas arrivé depuis 7 ans, preuve que pour lui, l’heure est grave. Ce chef suprême, âgé de 81 ans, a été deux fois président dans les années 80, puis il a succédé au père de la révolution a l'ayatollah Khomeini à sa mort en 1989. Il est donc aux manettes depuis 40 ans et guide suprême depuis trente ans.

Il est aujourd’hui affaibli parce qu’il est le seul et unique chef des gardiens de la révolution, les forces politico-militaires qui ont abattu l’avion ukrainien.

Les gardiens de la révolution, c’est une armée parallèle, au moins aussi puissante que l'armée officielle. Ils ont une marine, une armée de l’air, des forces terrestres. Ils ont le contrôle des missiles, ils pèsent aussi sur l’économie, ils possèdent les ports et les aéroports, les grandes entreprises du bâtiment, les télécommunications… C’est un Etat dans l’état, chargé de protéger, non pas le pays, mais la révolution islamique.

Les gardiens de la révolution sont donc contestés pour leur bavure de la semaine dernière et pour les mensonges qui ont suivi.

Une inquiétude: que l'Iran accélère son programme nucléaire pour faire oublier tout le reste

Et tout cela rend la situation explosive ! Parce il y a déjà eu des émeutes dans tout le pays contre l'augmentation du prix de l’essence il y a a peine deux mois. La répression de ces émeutes avait fait au moins 300 morts. Il y a eu ensuite les tensions avec les Etats-Unis en Irak autour du Nouvel an.

Il y a la crise économique dans un pays asphyxié par les sanctions américaines. Et du coup il y a une inquiétude : celle de la fuite en avant du régime, qui accélérerait son programme nucléaire pour faire oublier tout le reste.

Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères, a évoqué dimanche dernier ce scénario catastrophe. Celui de l’Iran à un an de l'acquisition de la bombe atomique. Un cauchemar pour toute la région.

Nicolas Poincaré