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"Expliquez-nous": quand le contre-espionnage français s'inquiète des mariages entre des militaires bretons et des étudiantes chinoises

Les services de contre-espionnage français s'inquiètent du nombre de militaires bretons qui se marient avec des étudiantes chinoises. C’est une des révélations d’un livre qui vient de sortir sur l'espionnage chinois en France.

Le livre Les liaisons dangereuses révèle que le secrétariat général de la défense et de Sécurité Nationale s'inquiète du phénomène dans une note confidentielle: un nombre anormalement élevé de mariages entre des militaires français basés en Bretagne et des étudiantes chinoises.

Ces étudiantes sont-elles toutes des espionnes? La note ne le dit pas, mais les spécialistes du renseignement ont du mal à croire aux histoires d’amour. Ils croient plutôt en ce que l’on appelle la technique de l’hirondelle. C’est vieux comme l’histoire du renseignement: l'espionnage par la séduction.

En Bretagne, les cibles sont nombreuses. Il y a près de Brest l’Ile Longue et la base de nos sous-marins nucléaires, des centres de recherches, des starts-up et quelque 400 entreprises qui travaillent dans le domaine de la défense. Sans parler d’une branche sensible de la DGA, la direction générale de l’armement.

Un institut Confucius à Brest

De l’autre côté, il y a l’université de Bretagne occidentale et l’Ecole Nationale Supérieure de Techniques Avancées, qui accueillent des étudiants et des étudiantes venues de Chine. Pékin a aussi ouvert à Brest un institut Confucius, l’équivalent de nos centres culturels à l'étranger. Un laboratoire de recherche d’une grande école d’ingénieurs bretonne a trente élèves qui préparent un doctorat. Et dix d’entre eux sont chinois, envoyé par un institut de technologie chinois, qui travaille directement pour l'armée.

Antoine Izambard, l’auteur du livre, conclut qu’il faut être naïf pour ne pas comprendre. Avis aux militaires et aux ingénieurs, si une jeune étudiante vous trouve soudainement très séduisant. Méfiez-vous.

Alcatel espionné par Huawei

Malheureusement, on n’en saura pas plus sur ces espionnes chinoises en Bretagne, mais le livre contient d’autres révélations sur l'espionnage chinois. Par exemple, comment le groupe français Alcatel a perdu un important marché en Grande-Bretagne, finalement remporté par le groupe chinois Huawei. Les Français ont réussi à se procurer les machines chinoises. Des copies conformes des produits Alcatel. Y compris avec les erreurs et les défauts des produits français. Pour Alcatel, la perte de ce marché a été une sorte de coup de grâce alors que pour le groupe chinois Huawei, l'espionnage a permis d’économiser 10 ans de recherche. Huawei a fini par reconnaître les faits et a payé un dédommagement tout à fait dérisoire.

Ce groupe de téléphonie est au cœur de tous les soupçons. C’est désormais un géant mondial du téléphone, le deuxième vendeur de smartphones devant Apple, mais aussi la seule entreprise au monde qui contrôle toute la chaîne, qui est capable de tout fabriquer en matière de téléphone.

Huawei est surtout en avance sur tout le monde sur la 5G, la prochaine technologie d’internet mobile ultra rapide. Et cela fait faire des cauchemars à nos maîtres espions. Prenons un seul exemple: les voitures sans chauffeur qui fonctionneront bientôt grâce à la 5G. Imaginez qu’une entreprise chinoise en ait le monopole. Cela voudrait dire que Pékin pourrait paralyser un pays. Et ce qui est vrai pour les voitures autonomes le serait aussi pour la médecine à distance ou bien encore le contrôle des objets connectés. Un cauchemar.

Huawei a été créé par un ancien colonel de l'armée populaire chinoise. Officiellement, l’entreprise appartient à ses salariés mais c’est l’Etat qui en a le contrôle. Le groupe est implanté dans 170 pays. Son seul service de recherche et développement emploie 70.000 personnes, dont par exemple, 100 mathématiciens français de haut niveau dans un centre de recherche à Boulogne-Billancourt.

Un comité anti-Huawei

Face à ces menaces la France a réagi en créant une structure discrète: un comité anti-Huawei, sous le nom de code "Cerbère". Un comité qui se réunit à Matignon avec des représentants des services secrets, de l’agence de sécurité informatique et de 5 ministères. C’est ce comité qui a, par exemple, demandé aux hauts fonctionnaires qui recevaient des téléphones Huawei en cadeau de ne surtout pas les ouvrir. Le comité s’est également inquiété du fait que trop de hauts cadres d’EDF utilisaient ces téléphones chinois.

Bref, la France se veut vigilante, sans pour autant déclarer la guerre aux Chinois. Pas comme Donald Trump qui a interdit aux entreprises américaines d’acheter et de vendre quoi que ce soit à Huawei.

Nicolas Poincaré