RMC

Giorgia Meloni, les raisons d'une victoire probable

L'Italie vote ce dimanche. En tête des sondages, la cheffe du parti Fratelli d'Italia, Giorgia Meloni, le parti héritier de MSI post-fasciste. Entre lassitude du jeu des alliances et goût de la nouveauté, retour sur les raisons de la probable victoire du parti d'extrême-droite de l'autre côté des Alpes.

Ce dimanche est peut-être un tournant dans l'histoire politique de l'Italie. Pour la première fois dans l’histoire du pays, une femme d’extrême-droite pourrait devenir cheffe du gouvernement. Giorgia Meloni, venue des mouvements post-fascistes et du MSI créé par les héritiers de la république sociale mussolinienne en 1945, est créditée de 25% des intentions de vote avec son parti Fratelli d’Italia. Coalisé avec la Ligue de Matteo Salvini et le parti Forza Italia de Silvio Berlusconi, les derniers sondages affichent un chiffre de 45% des suffrages. Largement suffisant pour pouvoir gouverner aisément dans le système politique italien.

Beaucoup d’Italiens rencontrés par RMC disent être lassés de la politique italienne et des jeux d’alliance entre les partis. Et pour eux, Giorgia Meloni représente la nouveauté. L’an dernier, elle a décidé de ne pas faire partie du gouvernement d’union nationale. Son parti est le seul à être resté dans l’opposition. Une attitude qui paie aujourd’hui.

"C'est une tentative. Elle a prouvé qu'elle était cohérente et elle fait de politique totalement différemment de ceux qui nous ont représenté jusqu'à présent" explique Danilo, propriétaire d'un kiosque à journaux sur les grands boulevards de Rome et électeur de Girogia Meloni, "sans grand enthousiasme."

Un peu plus loin, sur une grande place pavée, Tiziana et Angiola discutent. L’une n’ira pas voter, l’autre a choisi Meloni, pour la première fois. Un vote de protestation, mais aussi une attirance pour la personnalité de la candidate: "Elle me plaît. Quand elle parle, elle me captive. Puis on va essayer pour la première fois une femme, peut-être qu'elle fera mieux que les hommes."

Entre libéralisme et extrême-droite

Le discours de Giorgia Meloni séduit aussi des chefs d’entreprise. Pendant cette campagne très courte, l’économie et la lutte contre l’inflation ont pris le dessus sur les autres sujets. Giorgia Meloni a une vision très libérale: baisse des impôts et des charges sociales, refus de créer un revenu minimum en Italie. A côté de cela, elle est parfois protectionniste, par exemple elle veut mettre en place un prix plafond pour le gaz, soit au niveau européen, soit au niveau national.

Marco, propriétaire de trois bars restaurants dans un quartier bobo de la capitale. Il va voter pour la coalition de droite pour réduire ses frais:

"Espérons qu'ils aident les commerçants. Je pense que leur programme peut être bon et qu'il n'y a pas d'alternative chez les autres. S'ils ne font pas ce qu'ils ont promis, ce sera un désastre pour nous."

Reste que Giorgia Meloni vient de l’extrême droite, et son programme le montre : blocus naval pour empêcher les migrants de traverser la Méditerranée, accès à l’avortement plus restreint, renégociation des accords européens. Depuis plusieurs mois, elle tente de rassurer, et joue l’ambiguïté sur ses liens avec le néo-fascisme. En affirmant qu’il n’y a "pas de place pour les nostalgiques du fascime" dans son parti.

Une coalition déjà en difficulté?

Dans ces conditions, si Giorgia Meloni l’emporte, comment va-t-elle gouverner? Est-elle prête à gouverner? Fratelli d'Italia ne peut pas gouverner seul et doit obligatoirement s'entendre avec ses alliés de droite. Sauf que des tensions existent déjà entre Giorgia Meloni et ses alliés, Matteo Salvini et Silvio Berlusconi, comme sur les relations avec la Russie et l’Ukraine. La sortie de Berlusconi sur Poutine, cette semaine, qui estimait que "Poutine a été poussé à envahir l'Ukraine" a assez peu été appréciée dans le camp Meloni. Comme souvent dans la politique italienne, tout est question d’équilibre, parfois très instable, pour faire en sorte que la coalition tienne:

"A priori, Meloni sera en tête. Si elle écrase ses alliés, ils seront affaiblis et cela peur créer des tensions. Mais si les résultats sont un peu plus équilibrés, cela peut fonctionner. Tout dépendra du rapport de force après le vote", Davide Angelucci, enseignant-chercheur en sciences politiques à la Luiss, l’une des grandes universités de la ville.

Selon lui, si Giorgia Meloni arrive au pouvoir, elle aura un défi majeur à relever: faire ses preuves sur le plan international, et montrer qu’elle sait être un partenaire fiable pour négocier avec le reste de l’Europe.

Romain Cluzel à Rome avec Maxime Martinez