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Guerre au Proche-Orient: "Je ne vais pas m'excuser de ne pas avoir de morts côté israélien" se défend l'ambassadeur d'Israël en France

Guerre psychologique ou erreur de communication? L'armée israélienne dément finalement être entrée dans Gaza. Daniel Saada, ambassadeur d'Israël en France, s'explique sur RMC.

Le bilan du conflit en cours depuis lundi entre le mouvement islamiste palestinien Hamas et Israël a dépassé les 100 morts palestiniens dans la bande de Gaza, ont indiqué jeudi les autorités locales.

Le ministère de la Santé dans cette enclave palestinienne a fait état de 103 morts, dont 27 enfants, et de 580 blessés depuis lundi. Côté israélien, les tirs de roquettes depuis Gaza ont fait sept morts et des dizaines de blessés.

Tard jeudi soir, l'armée israélienne a multiplié les frappes contre l'enclave. Et des centaines de personnes ont quitté leurs maisons précipitamment pour éviter des frappes dans le nord de la bande de Gaza. Une certaine confusion a d'ailleurs régné: après avoir annoncé la présence de ses soldats dans la bande de Gaza, l'armée israélienne a fait marche arrière vendredi, évoquant un "problème de communication en interne".

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Plus tôt en journée, l'armée israélienne a frappé l'appartement de Samer Abou Daka, chef de la division des drones du Hamas, et un centre de renseignement militaire du Hamas, où des "douzaines d'agents" étaient présents. Le Hamas, qui contrôle Gaza, a lancé de son côté de nouvelles salves de roquettes vers le sud israélien où les sirènes ont retenti dans la nuit. 

"Véritable guerre"

Invité de RMC, ce vendredi matin, Daniel Saada, ambassadeur d'Israël en France, s'est montré pessimiste sur une éventuelle désescalade. Face à Apolline de Malherbe, il a expliqué que l'Etat hébreu "fait tout pour éviter de rentrer dans le jeu du Hamas", avançant le chiffre de 2000 roquettes lancées depuis Gaza vers Israël.

"C'est une véritable guerre. Il y a plus de 2 000 missiles qui ont été tirés. "Nous avons massé une partie de nos troupes à la frontière et nous utilisons nos moyens d'artillerie et de blindés pour essayer de porter atteinte aux réseaux de tunnels utilisés par le Hamas pour transporter leur armes. et qui permettent de tirer sur nos populations civiles Cette erreur vient de là, lorsqu'on a vu cette concentration massives de troupes à la frontière. Certains sources sur place en ont conclu à l'entrée de nos soldats dans la bande de Gaza, ce qui n'est pas le cas actuellement. Pour l'instant, nous sommes en avant poste et nous utilisons nos moyens d'artillerie pour essentiellement neutraliser au maximum cette infrastructure de terreur qui existe et qui leur permettent de lancer des salves sur nos populations civiles".

"Nous faisons tout pour ne pas renter dans le jeu du Hamas"

Dans la nuit, l'aviation israélienne a poursuivi ses bombardements de sites du Hamas, alors que des centaines d'habitants palestiniens ont dû quitter leurs maisons précipitamment pour fuir les frappes. Le Hamas, qui continuait de lancer des roquettes vers le sud israélien, a tenté de lancer des drones munis de charges explosives vers Israël selon l'armée.

Depuis le début de ce nouveau cycle de violences lundi, 103 morts Palestiniens, dont 27 enfants, ont été tués dans la bande de Gaza, et 580 blessés, selon un dernier bilan du ministère local de la santé. En Israël, sept personnes, dont un enfant de six ans et un soldat, ont péri. 

Malgré les appels au calme, Daniel Saada a précisé que l'offensive va se continuer dans les jours à venir:

"Nous sommes confrontés à une situation extrêmement compliquée. Ce n'est pas deux pays qui sont en guerre. C'est une organisation terroriste, le Hamas, reconnu comme tel par toute la communauté internationale, y compris la France, qui s'est lancée dans une offensive face à des populations civiles. Des milliers de missiles sont tirés chaque nuit, chaque jour sur des villes d'Israël pour essayer de tuer un maximum de civils. Il n'y a pas une seule cible militaire qui ai était visée. il n'y a que des cibles civiles".

"C'est un double crime de guerre, car on essaye de tuer un maximum de civils israéliens et on utilise les populations civiles de Gaza comme boucliers humains. C'est reconnu par des sources objectives. Donc nous ne pouvons pas réagir. Nous faisons tout pour ne pas renter dans le jeu du Hamas" avant de glisser: "Je ne vais pas m'excuser de ne pas avoir de morts côté israélien".

"Comment voulez-vous faire la paix avec une organisation qui a dans sa charte l'élimination de l'État d'Israël?"

Le nouveau conflit a été déclenché après un barrage de roquettes du Hamas tirées vers Israël en "solidarité" avec les plus de 700 Palestiniens blessés dans des heurts avec la police israélienne sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé par Israël depuis 1967. Les heurts sur l'esplanade, troisième lieu saint de l'islam, avaient suivi plusieurs jours de vives tensions et de heurts à Jérusalem-Est, dus principalement aux menaces d'expulsion de familles palestiniennes au profit de colons juifs d'un quartier de la Ville sainte.

D'après l'armée, environ 90% des plus de 2000 roquettes lancées depuis lundi à partir de la bande de Gaza ont été interceptées par le bouclier antimissile.

"Sans le bouclier anti-missile, sans les abris dans les maisons et la discipline de nos habitants, nous aurions normalement déjà plusieurs milliers de morts israéliens depuis 4 jours. Nous protégeons nos populations, le Hamas, eux, l'utilise comme bouclier" a dénonce l'ambassadeur israélien sur RMC.

Le conflit est doublé d'une escalade entre Arabes et Juifs dans plusieurs villes mixtes d'Israël, un niveau de violence jamais atteint depuis des décennies selon la police israélienne. Près de 1.000 membres de la police des frontières ont été appelés en renfort dans ces villes, théâtres d'émeutes depuis mardi avec des heurts et des échanges de coups de feu, et plus de 400 personnes, Juifs et Arabes, ont été arrêtées ces trois derniers jours. 

Des groupes d'extrême droite israéliens ont affronté dans des villes forces de sécurité et Arabes israéliens, les descendants des Palestiniens restés sur leur terre à la création d'Israël en 1948.

"Il y a des extrémistes dans les deux camps, mais chez nous ils sont aux marges de la société. Du côté palestinien, ils sont au pouvoir. Chaque terroriste, on leur donne de l'argent, on fait des timbres à leur effigie, on leur donne des noms de rue. Tant que le culte du martyre continuera du côté palestinien, nous n'arriverons jamais à faire la paix. Comment voulez-vous faire la paix avec une organisation qui a dans sa charte l'élimination de l'État d'Israël?" a-t-il conclu. 

La dernière opération militaire israélienne dans ce territoire de deux millions d'habitants, soumis à un blocus israélien depuis plus de 10 ans, remonte à 2014. Le conflit entre Israël et le Hamas, son ennemi juré, avait alors duré 50 jours et fait au moins 2.251 morts côté palestinien, en majorité des civils, et 74 côté israélien presque tous des soldats.

Face à l'intensification du conflit malgré les appels internationaux à la désescalade, le Conseil de sécurité de l'ONU doit tenir dimanche une réunion virtuelle publique sur le conflit. L'émissaire de l'ONU pour le Proche-Orient, le Norvégien Tor Wennesland, ainsi que des représentants d'Israël et des Palestiniens devraient y participer.

Xavier Allain