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Guerre en Ukraine: pétrole, gaz, blé… les prix s’affolent déjà

L’invasion de l’Ukraine par la Russie, décidée ce jeudi par Vladimir Poutine, a affolé les bourses européennes. Le prix du pétrole, du gaz ou encore du blé s’enflammaient à la mi-journée.

Une déclaration de guerre et des prix qui s’affolent. L’invasion russe en Ukraine, décrétée dans la nuit de mercredi à jeudi par l’homme fort du Kremlin, Vladimir Poutine, pourrait avoir beaucoup de conséquences sur l’économie, et sur des produits de première nécessité, chez nous, en France.

Prix à la pompe, prix du gaz et de l’électricité, pâtes, pain… Tous ces prix sont sur le point de bondir, alors que les bourses européennes s’affolent ce jeudi matin.

Le baril de pétrole à plus de 100 dollars

Le prix du pétrole est déjà élevé en France, flirtant avec les deux euros dans certaines stations-services. Il pourrait l’être encore plus dans les jours à venir, à cause de la guerre en Ukraine.

Le prix du baril de Brent de la mer du Nord, la référence pour le prix du pétrole en Europe, s'envolait de 7,92% à 104,51 dollars, une première depuis 2014. Une augmentation de 8% sur les dernières 24 heures, de 13% sur une semaine.

"Le prix des carburants va continuer d’augmenter", estimait Stéphane Pedrazzi, journaliste BFM Business, ce midi sur RMC. "En plus des prix du pétrole, il y a la faiblesse de l’euro par rapport au dollar. On paye le pétrole en dollars, donc ça nous coûte plus cher en euros. Il ne faut pas oublier le fioul domestique. Plus de trois millions de Français se chauffent encore avec du fioul domestique", ajoute-t-il.

"Le marché prévoit un resserrement massif de l'offre" d'or noir, estime Carsten Fritsch, analyste chez Commerzbank. La Russie est l'un des premiers producteurs mondiaux de gaz et de pétrole, affolant les investisseurs quant à d'éventuelles ruptures d'approvisionnement en énergie.

"En cas d'interruption partielle des livraisons de pétrole russe, les autres grands pays producteurs ne pourraient compenser que dans une mesure limitée", prévient l'analyste.

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Le prix du gaz explose

C’est déjà un poste qui avait déjà explosé dans le budget des ménages. La Russie est le premier exportateur mondial de gaz naturel et le Vieux continent importe environ 40% de ses besoins depuis la Russie.

Le marché de référence en Europe, le TTF (Title Transfer Facility) néerlandais, se négociait à 117,50 euros le mégawattheure (MWh), après avoir culminé à 125,00 euros plus tôt dans la journée. Le prix du gaz naturel s'est ainsi envolé de 33%, la plus importante hausse en une journée depuis 2019.

Pour le prix du gaz, pour les Français, il n’y a pas pour le moment d’inquiétude à avoir car le gouvernement a bloqué les tarifs réglementés du gaz pour les particuliers jusqu'au 30 juin. Un blocage qui pourrait être prolongé par le gouvernement.

Malgré cette dépendance au gaz russe, l'Europe a cependant "assez de stocks pour passer l'hiver", a assuré ce mercredi le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Clément Beaune.

Le patron de TotalEnergies inquiet de pénuries de gaz

"Il n'existe pas de solution immédiate pour remplacer sur le marché du gaz européen les importations venues de Russie, si celles-ci devaient cesser du fait du contexte russo-ukrainien, a souligné Patrick Pouyanné, président de TotalEnergies. "Si le gaz russe ne vient pas en Europe, on a un vrai sujet de prix du gaz en Europe". 

Pour lui, si la hausse des prix du gaz entamée l'an dernier et encore constatée aujourd'hui était "conjoncturelle", liée à une forte demande venue de Chine, "la situation est, par contre, plus inquiétante, parce que le gaz russe aujourd'hui, c'est 40% du marché européen du gaz."

"Je ne pense pas que la volonté russe soit de couper le gaz", ajoute-t-il. "Maintenant, si les Européens décident de se priver de gaz russe, il faudra trouver une solution à l'hiver 2022", dit-il, évoquant un retour au "charbon allemand et polonais".

Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a aussi évoqué ce sujet dans une allocution à ses concitoyens. Il estime que "nous devons mettre fin collectivement à la dépendance à l'égard du pétrole et du gaz russe qui, pendant trop longtemps, a permis à Poutine d'exercer son emprise sur la politique occidentale".

Alerte pour le prix des pâtes et du pain dans les mois à venir

La Russie constitue le 1er producteur mondial de blé tendre, l'Ukraine est le quatrième et le 1er exportateur d'huile de tournesol. Le prix de plusieurs biens de première nécessité pourrait exploser dans les mois à venir.

Les prix des céréales ont atteint ce jeudi matin des niveaux record en séance sur le marché européen, avec un pic totalement inédit pour le blé à 344 euros la tonne sur Euronext, pic qui est retombé sur un plateau haut à 330 euros la tonne.

Sans atteindre ces niveaux inédits, le maïs a aussi vu son cours flamber, grimpant jusqu'à 304 euros la tonne (280 euros à l'ouverture). "Le problème, c’est que les cours du blé sont mondiaux. Si le pic est passager, ce sera indolore pour le consommateur. Si ça se prolonge, il faudra passer à la caisse", note Stéphane Pedrazzi.

La France, première puissance agricole de l'Union européenne, dispose de stocks de céréales. Les réserves françaises et américaines pourraient en partie pallier une baisse des exportations ukrainiennes, selon les analystes.

Un jeudi noir sur les bourses occidentales

Ces inquiétudes du monde économique se ressentaient, ce jeudi, à la mi-journée, sur toutes les bourses européennes. A 12h10, heure de Paris, la Bourse de Francfort chutait de 5,17%, Milan de 5,10%, Paris de 5,02%. L'Eurostoxx 50, indice européen de référence dégringolait de 5,20%.

La Bourse de New York a aussi ouvert en nette baisse: dans les premiers échanges, le Dow Jones était en repli de 2,30%, l'indice Nasdaq, à forte composition technologique, perdait 2,74%, et l'indice élargi S&P 500, lâchait 2,32%.

Maxime Martinez