RMC

Le désarroi d'un père qui vient de retrouver ses filles enlevées par leur mère en Syrie

TEMOIGNAGE RMC – Assia et Sarah, âgées aujourd’hui de 5 et 7 ans, ont été enlevées par leur mère. Pendant deux ans, elles ont vécu à Raqqa, en Syrie, avec l’Etat islamique. Abdelhakim, leur père, a pu les retrouver le 11 octobre dernier à l’aéroport de Roissy alors qu'elles étaient revenues avec leur mère. Une mère aussitôt arrêtée et incarcérée.

Depuis trois semaines, Assia, 7 ans, et Sarah, 5 ans, vivent collées à leur père, Abdelhakim. Elles jouent, rigolent mais la guerre en Syrie n’est jamais bien loin… Une guerre et ses bombardements qui s’invitent sans prévenir pendant le repas. "Un jour, un matin, il y a eu des bombes à côté. On est tout de suite partis dans le couloir. Ils ont bombardé juste derrière la maison. Il y a eu une larme de feu", se souvient Assia, qui redevient toutefois vite une enfant. Une petite fille fière de montrer son déguisement de princesse.

"On est abandonnés"

"Ça fait du bien mais aussi un peu de mal quand même parce que j'ai perdu deux ans, témoigne, en pleurs, Abdelhakim. Pendant deux ans, elles auraient pu être heureuses comme aujourd'hui". Assia et Sarah n’ont pour l’instant pas vu de pédopsychiatre. Personne pour mettre des mots sur ces deux années passées à Raqqa. Et leur père, aussi, a besoin d’aide.

"On est abandonnés. Depuis que mes enfants sont rentrés je n'ai aucun soutien, déplore-t-il. Quand je les ai récupérées à Paris, on m'a juste dit 'Monsieur, vous avez vos enfants. Bonne journée, au revoir'". Abdelhakim doit aussi reconstruire une vie à ses deux filles. Dernière difficulté en date, leur inscription à l'école. Si Sarah doit faire sa rentrée en maternelle cette semaine, il n'y a pour l’instant pas de place en classe de CP pour Assia.

Le lien n'est pas coupé avec leur mère

Une situation incompréhensible pour Maître Versini, l'avocat de la famille: "On va faire partir un courrier au rectorat et directement à la ministre de l'Education nationale. Ce n'est en effet pas extraordinaire de demander à ce que ces deux enfants soient inscrites dans la même école". Abdelhakim a aujourd'hui la garde exclusive de ses deux filles. Mais pas question, pour lui, de leur couper le lien avec leur mère.

Mise en examen pour association de malfaiteurs, terrorisme, soustraction d’enfant et délaissement de mineur, à l’issue de quatre jours de garde à vue, elle a été incarcérée et a perdu le droit de garde des enfants. Pour autant, Abdelhakim amènera ses filles la voir en prison, dès que possible.

M.R avec Céline Martelet