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Les nonnes du Vatican se rebiffent et dénoncent "l'asservissement" des soeurs

Des soeurs ont jeté un pavé dans la mare  en dénonçant l'exploitation parfois gratuite des religieuses dévolues à des tâches ménagères au service de la hiérarchie masculine de l'Eglise.

Avant la Journée internationale des femmes le 8 mars, elles brisent le silence.

Dans l'édition de mars du magazine mensuel "Femmes Eglise Monde", distribué vendredi avec le très officiel quotidien du Vatican, l'Osservatore Romano, les soeurs Marie, Paule et Cécile ont décidé de témoigner longuement mais anonymement.

"Certaines soeurs, employées au service d'hommes d'Eglise, se lèvent à l'aube pour préparer le petit déjeuner et vont dormir une fois que le dîner a été servi, la maison mise en ordre, le linge lavé et repassé...", décrit soeur Marie, arrivée à Rome en provenance de l'Afrique noire voici vingt ans. "Dans ce type de service, les soeurs n'ont pas d'horaire précis et réglementé, comme dans le monde laïc, et leur rétribution financière est aléatoire, souvent très modeste", dénonce-t-elle, attristée de voir qu'elles sont rarement invitées à manger à la table de ceux qu'elles servent docilement.

Cette situation très ancienne suscite chez certaines "une rébellion intérieure très forte" et "beaucoup de blessures", relève-t-elle. Pour de nombreuses religieuses venant d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine, c'est parfois la mère supérieure de leur congrégation religieuse qui a payé les soins d'un parent malade ou les études d'un frère aîné ... "Les soeurs se sentent redevables, ligotées, et alors elles se taisent".

En mai 2016, le pape François avait formulé un conseil à l'Union internationale des Supérieures générales: "quand on vous demande une chose qui révèle davantage de la servitude que du service, ayez le courage de dire non". Dans la même rencontre, il ajoutait néanmoins qu'il ne fallait pas "sombrer dans le féminisme".

Pourtant, François reste dans la pure tradition catholique-romaine en interdisant l'ordination des femmes malgré la sévère crise des vocations.

Anaïs Castagna avec AFP