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Macron et la colonisation: "on n'est pas dupes de ce genre de discours juste avant les élections"

Emmanuel Macron a explicité, dans une vidéo de près de quatre minutes postée sur Facebook sa position, selon lui "équilibrée", sur la colonisation française en Algérie. Une mise au point qui n'a pas convaincu tout le monde.

La polémique enfle autour des propos d'Emmanuel Macron sur la colonisation. Dans une interview à la chaîne privée algérienne Echourouk News lors de son voyage en Algérie en début de semaine, l'ancien ministre de l'Economie avait qualifié la colonisation de "crime", de "crime contre l'humanité" et de "vraie barbarie". Ce jeudi, le candidat à l'élection présidentielle a été obligé de clarifier ses déclarations.

"On ne peut pas dire tout et son contraire"

"L'équivalent d'une vie d'homme s'est écoulé depuis la fin de la guerre d'Algérie. Ma génération ne l'a pas connue. Sommes-nous condamnés, à jamais, à vivre dans l'ombre de ce traumatisme pour nos deux pays? Il est temps de clôturer ce deuil. Il faut pour cela avoir le courage de dire les choses", a-t-il, entre autres, déclaré. Une mise au point pas très convaincante pour Bernard Cini, secrétaire général du Cercle Algérianiste, une association de défense des Français d'Algérie.

"On ne peut pas dire tout et son contraire, estime-t-il. Il va déposer une gerbe au monument des martyrs en Algérie mais pourquoi ne pas déposer une gerbe pour les civils, les harkis assassinés en Algérie? Pourquoi il ne le fait pas? Il parle de réalité de l'histoire mais je crois qu'il ne connaît pas la moitié de cette histoire". "Cette histoire, malheureusement, n'est pas toute blanche, n'est pas toute noire. Elle est nuancée et je crois qu'il faut qu'on aborde tous les sujets mais en faisant attention aux mots que l'on emploie et où on les dit".

"Nous avons fait croire aux pieds-noirs qu'ils étaient chez eux"

"Tout le monde est conscient que quand on va en Algérie faire de la repentance, parce que c'est ça qu'il a fait, c'est s'adresser, à travers l'Algérie, à nos banlieues, poursuit-il. On n'est pas dupes de ce genre de discours juste avant les élections". Pour autant, pour certains pieds-noirs, évoquer le sujet en plein milieu de la campagne présidentielle est une bonne chose. C'est en tout cas ce que pense Marie-Jo Martinez, née en Algérie avant l'indépendance et aujourd'hui memebre d'une association franco-algérienne à Lyon.

"Je pense que ce propos équilibré est important. C'est important de dire que la guerre de libération a été cruelle et que cette cruauté a été partagée des deux côtés, assure-t-elle. C'est aussi important de reconnaître que la colonisation a été un apport mais aussi une exploitation des peuples. Nous étions chez un autre peuple, nous n'étions pas chez nous. Nous avons fait croire que nous étions chez nous et nous avons fait croire aux pieds-noirs qu'ils étaient chez eux. Il y a eu beaucoup de victimes donc je pense que c'est important de regarder aujourd'hui ces choses en face, entre la France et l'Algérie, pour avancer".

M.R avec Gwenaël Windrestin