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Manifestations en Tunisie: “Si je continue à être dans la misère, je vais rejoindre Al-Qaïda”

A Kasserine en Tunisie des violences ont éclaté lors d'un mouvement de contestation sociale.

A Kasserine en Tunisie des violences ont éclaté lors d'un mouvement de contestation sociale. - Mohamed Khalil - AFP

REPORTAGE - Une nouvelle journée de manifestation a encore eu lieu à Kasserine mardi, ville défavorisée du pays où a débuté une contestation sociale. Les autorités craignent que des groupes terroristes profitent de ces mouvements pour créer le désordre et recruter.

Les groupes terroristes ont fait des régions les plus déshéritées leurs viviers de recrutement. Dans le quartier pauvre d’Ennour à Kasserine, secouée par un mouvement de contestation, les jeunes tunisiens sont nombreux à avoir rejoint des groupes terroristes dans le maquis du Mont Chaambi sur les hauteurs de la ville.

Mohamed, 43 ans est sans emploi. Chaque jour, il a du mal à s’acheter à manger et est tenté de faire comme l’un de ses amis proches parti rejoindre un groupe d’Al-Qaïda au Maghreb islamique.

“Si je continue à être dans la misère, je vais faire comme mon ami, assure-t-il. Je sais que c’est un suicide, mais pour la jeunesse ici, sous la pression, c’est la dernière solution”.

"On a gagné la liberté, pas la sécurité"

Dans sa mosquée, l’imam Rachdi Bouraoui se sent bien seul pour tenter d’empêcher de nouveaux départs. “Seul je ne peux pas, il faut que nous collaborions tous ensemble pour essayer de convaincre nos jeunes d’éviter d’être extrémiste”, martèle l’imam.

Aujourd’hui, des Tunisiens comme Nabil, 28 ans, regrettent le régime policier de Ben Ali. “On a gagné que la liberté, pas la sécurité. On a la liberté avec la peur”, résume-t-il.

Les autorités tunisiennes ont renforcé la lutte contre le terrorisme ces derniers mois. Les recruteurs sont moins visibles aujourd’hui, mais restent présent, assurent les habitants de Kasserine.

Carole Blanchard avec Céline Martelet