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"On est vraiment vulnérables": cachés à Kaboul, les anciens collaborateurs de l'armée française craignent pour leur vie

Les talibans pourraient désormais s'en prendre à tous les collaborateurs afghans des forces étrangères.

Originaire de la province de Logar à l'est de l'Afghanistan, Ahmad s'était réfugié à Kaboul pour fuir les Taliban. Cet ancien interprète francophone se sent désormais pris au piège depuis l'arrivée des Taliban dans la capitale afghane:

"Partout à Kaboul, il y a des tirs. Nous sommes tous cachés. On ne peut pas sortir, ni par l'aéroport, ni par les routes. On est vraiment vulnérables".

Comme lui, tout ceux qui ont coopéré avec les armées étrangères peuvent être désormais pris pour cible:

"Mes collègues qui ont déjà collaboré avec l'armée française ont peur et sont enfermés chez eux. Ils souffrent déjà des menaces des Taliban et de leurs sympathisants", explique Adel Abdul Raziq, président de l'Association des anciens auxiliaires afghans de l'armée française.

Un avis que partage, ce lundi matin, Victoria Fontan, vice-présidente Université américaine d'Afghanistan.

Cherchant à fuir le pays, mais étant bloquée pour le moment, cette ressortissante confiait en direct ce lundi matin sur RMC que "L'université a été investie par des pillards, il n'y a plus de sécurité là-bas. Je suis donc dans un camp, ailleurs. (...) Je reçois des dizaines de messages toutes les heures. Les talibans ont pris Kaboul par la force et vont mettre leur menaces à exécution. Il ne faut pas croire leur narratif. Ils ne changeront jamais. Par certains côtés, ils sont pires qu'il y a 20 ans. Les exactions sont bcp plus féroces. Le niveau de violence est bien plus élevé".

"Des femmes indépendantes, c'est quelque chose qui leur est totalement étranger"

Ceux que craint Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), c'est la mise en place d'un régime aussi répressif que le dernier:

"Le risque c'est bien sûr la négation des droits de l'homme et surtout de la femme. Dans le passé, ils ont assassiné des femmes juges, journalistes, professeurs parce que des femmes indépendantes, c'est quelque chose qui leur est totalement étranger". 

Il rappelle qu'en 2001, les talibans ne contrôlaient pas l'intégralité du territoire. En attendant, les ambassades étrangères sont en cours d'évacuation. L'ambassade française a été déplacée à l'aéroport, afin de procéder à l'évacuation des Français sur place.

Alexandra Sirgant (avec Guillaume Dussourt)