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Perte du contrat du siècle: le torchon brûle entre la France et les Etats-Unis

EXPLIQUEZ-NOUS - La France a rappelé vendredi ses ambassadeurs aux Etats-Unis et en Australie, une décision sans précédent vis-à-vis de deux alliés historiques, après le torpillage d'un mégacontrat de sous-marins français à Canberra.

La France et les Etats-Unis traversent actuellement une des plus graves crises de leur histoire. Pour protester contre la perte du contrat du siècle, la France a rappelé son ambassadeur à Washington et c’est une première.

Le rappel d’un ambassadeur pour "consultation" en langage diplomatique, c’est un message pour dire que l’on n'est pas content du tout. C’est rarissime entre alliés et en l'occurrence ce n’était jamais arrivé entre la France et les Etats-Unis en 240 ans d’histoire commune. Preuve que la France est réellement furieuse de s'être fait piquer par les Américains, ce contrat vente de sous-marin à l'Australie.

La France est pourtant le plus vieil allié des Etats-Unis, c’est l'appellation presque officielle. Il n’y pas un président américain qui n'ait utilisé cette formule pour parler de la France. Richard Nixon l’avait dit à Georges Pompidou : "Vous êtes notre plus vieil allié et notre plus vieil ami".

Georges Bush l’avait dit à Jacques Chirac lorsqu’il a été le premier président étranger à se rendre à New-York dès le lendemain des attentats du 11 septembre. Barack Obama a ressorti la formule à Nicolas Sarkozy, qui était heureux d'être surnommé "Sarko l’Américain". En fait les autorités américaines ont deux formules toutes faites: la Grande-Bretagne est le meilleur allié, la France est le plus vieil allié.

Une alliance qui remonte à 1781

Un titre qui correspond à une réalité historique: la France est le pays qui est venu les aider lors de la guerre d'indépendance contre les Anglais. 44.000 soldats français, dont le jeune marquis de Lafayette, avaient participé à la bataille décisive de YorkTown en 1781.

A l’époque, le père fondateur des Etats-Unis Benjamin Franklin disait que tous les hommes libres ont deux pays, "le leur et la France". Ce qui est un des plus beaux hommages jamais rendus à notre pays.

L’histoire des relations franco-américaines c’est aussi l’histoire des deux guerres mondiales. Et des Américains qui sont venus deux fois nous sauver. En 1917, le général Pershing débarque à Boulogne et il est accueilli ensuite en héros à Paris. Les Américains envoient 2 millions de soldats qui font faire basculer la guerre, ils vont avoir environ 100.000 morts.

Et puis bien sûr le débarquement de 44. De nouveau 2 millions de jeunes Américains viennent se battre en France. 22.000 morts en quelques jours pour libérer l'Europe du nazisme.

Tout cela crée des liens. Quand on demande aux Américains quels sont les pays dont ils se sentent les plus proches. Ils répondent, (sondage de 2017): le Canada, la Grande-Bretagne, l'Australie et la France. En quatrième position, premier pays non anglophone. La France arrive devant l'Irlande, l'Italie et l'Allemagne.

A l'inverse, selon un sondage Ifop de 2014, on demande aux Français quel est notre meilleur allié. Réponse: l'Allemagne, juste devant les Etats-Unis. Il y a donc une proximité, une relation particulière qui donne du relief à la crise actuelle.

La dernière crise date de 2003

Mais ce n’est pas la première crise entre Paris et Washington. En 1944, Washington avait prévu de placer la France sous administration provisoire militaire. Un général américain aurait dirigé la France comme une sorte de colonie. Il a fallu le caractère et l'autorité de de Gaulle pour que les Etats-Unis finalement reconnaissent son gouvernement provisoire.

Dans les années 60, de Gaulle, encore lui, décide de sortir du commandement intégré de l’Otan c'est à dire de redonner à la France son indépendance militaire. A l’époque, 70.000 soldats américains se trouvaient encore en France et ils ont fait leur valise.

Enfin la dernière crise en date, c’est le refus de Jacques Chirac de participer à la guerre en Irak en 2003. Lorsque Dominique de Villepin, à l'ONU, avait tenu tête aux Américains, au nom d’un vieux pays qui a connu les guerres et la barbarie, et qui donc refusait de participer à cette guerre américaine.

L’opinion américaine l’avait très mal vécu. On avait connu un french bashing sans précédent. C’était il y a 18 ans, c’était la dernière grosse crise entre les vieux alliés, la dernière avant l’affaire des sous-marins australiens.