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Tensions, enjeux, conséquences... Tout comprendre à la "révolution WhatsApp" au Liban qui a conduit à la démission du Premier ministre

Le premier ministre Libanais Saad Hariri a présenté mardi sa démission, après 13 jours de manifestations monstres. C’est un premier succès pour ce que l’on pourrait appeler la révolution WhatsApp.

C'est une révolution WhatsApp parce que ce qui a fait descendre les premiers manifestants dans la rue, c’est le projet du gouvernement de taxer les conversations téléphoniques passées à travers cette application. Autrement dit le projet de faire payer, un service internet gratuit.

Une mauvaise idée qui a déclenché une vague de révolte dans tout le pays. Le gouvernement a très vite fait marche arrière mais trop tard. La révolution était en marche. Un mouvement animé par une jeunesse plutôt de gauche, mais aussi par des classes moyennes et populaires asphyxiées par la crise économique. Les observateurs libanais ont souvent fait le parallèle avec le mouvement des "gilets jaunes" en France.

Ce que ces manifestants rejettent, c’est le vieux système de partage du pouvoir entre les religions

Les premiers jours de la contestation ont été extrêmement festifs et consensuels. L’armée, était plutôt du coté des protestataires. Les foules étaient multiconfessionnelles. Des bonnes soeurs ont défilé avec des barbus. Des prêtres en soutanes avec des femmes voilées. On a vu des DG animer les manifs en musique. On a vu ces manifestants chanter l'hymne à la joie de Beethoven avec des paroles inventées pour l’occasion qui disent: “Nous sommes un peuple libre et fier, que Dieu nous aide”. En l'occurrence c’est le Dieu chrétien qui est invoqué.

Ce que ces manifestants rejettent, c’est le vieux système de partage du pouvoir entre les religions. Depuis l'indépendance du Liban en 1943, le président de la République est un chrétien, le Premier ministre un musulman sunnite, et le président du parlement un musulman Chiite.

L’actuel président du parlement Nabih Berri, est en fonction depuis plus de 27 ans, il a 81 ans. C’est l’ancien chef des milices Amal pendant la guerre civile. Le président de la république c’est le Général Aoun, 84 ans, responsable de la guerre entre chrétiens dans les années 80. Quand au Premier ministre qui a démissionné mardi, Saad Hariri, il est certes beaucoup plus jeune, mais il est peu respecté. On vient d’apprendre qu’il a donné 16 millions de dollars à une callgirl sud-africaine en 2013, à une époque ou son entreprise faisait faillite et ou ses ouvriers n’était plus payés.

Le Hezbollah ne veut pas de cette révolution

En dehors de ce scandale, Hariri c’est surtout l’homme de l’Arabie Saoudite. Le prince saoudien, MBS, l’avait même kidnappé à Ryad il y a deux ans, pour lui piquer une partie de sa grande fortune. Mais c’est une autre histoire. Toujours est-il que ces trois hommes représentent le vieux système qui est en train de vaciller, dans ce petit pays qui a été très riche et qui ne l’est plus.

Et aujourd’hui, la démission de Saad Hariri le Premier ministre sunnite est contestée par les chiites. Et c’est là que l’histoire pourrait mal tourner. Mardi juste avant que le Premier ministre n’aille présenter sa démission au président, des manifestants chiites, militants du Hezbollah, le parti pro-iranien ont attaqué à coup de barres de fer les manifestants qui s’étaient installés avec des tentes sur une place de Beyrouth.

Les manifestants vont-ils rester dans la rue?

Le message était clair. Le Hezbollah ne veut pas de cette révolution. Il veut garder le contrôle du parlement et de la présidence puisque le vieux général chrétien qui est président, est aussi un proche de l’Iran.

En attendant le pays va de nouveau traverser une crise politique comme il en a l’habitude. Le président avait par exemple été élu par le parlement au 46e tour de scrutin et après deux ans de palabre.

Saad Hariri va sans doute expédier les affaires courantes en attendant la nomination d’un successeur forcément Sunnite.

Les deux vraies questions sont : est-ce que les manifestants vont rester dans la rue? Et est-ce que les milices Chiites vont les laisser faire? Sinon la révolution WhatsApp pourrait prendre un tour dramatique.

Nicolas Poincaré