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Un président en fuite, le palais envahi: comment le Sri Lanka a sombré dans le chaos

Le palais de Colombo a été pris d'assaut par des centaines de manifestants au Sri Lanka. Le président Gotabaya Rajapaksa a réussi à fuir le palais juste à temps. Il a annoncé sa démission, dans la foulée.

Images impressionnantes ce week-end au Sri Lanka. Une foule immense a envahi la résidence présidentielle. Le président s’est enfui de justesse avant de présenter sa démission.

Samedi matin à Colombo, au Sri Lanka, les militaires ont dû exfiltrer le président de son palais par l'arrière pendant que les émeutiers entraient par l’avant. Il a été conduit sur un navire militaire qui a pris le large. Aussitôt après, une marée humaine a envahi le palais.

Les manifestants se sont photographiés en train de plonger dans la piscine, puis dans la chambre à coucher du président. Ils ont ouvert ses placards, brandi ses slips. Et d'autres se sont rendus dans les cuisines et ont commencé à se faire à manger. Tout un symbole dans un pays où la majorité de la population ne mange plus à sa faim.

Ce n’est pas seulement la chute d'un président, c’est la chute de tout le clan Rajapaksa. Une famille de nationalistes hindouistes qui règne sur le Sri Lanka depuis près de 20 ans. Le président qui vient d'être renversé, Gotabaya Rajapaksa, avait été élu en novembre 2019. Il avait nommé son grand frère Premier ministre. Il a nommé deux autres frères aux ministères de l'Intérieur et des Finances. Le ministre des Finances, que l’on surnommait monsieur 10% en référence aux pots-de-vin qu’il touchait.

Enfin, deux autres ministères importants ont été confiés à des neveux du président. Il y avait donc six Rajapaksa aux postes clés du pays. Le pays était dirigé d’une main de fer, réprimant les opposants et les journalistes trop critiques.

L'impact de la guerre en Ukraine

C’est finalement la crise économique qui a provoqué la chute du clan. D'après l’ONU, depuis plusieurs mois, 80% des habitants du Sri Lanka sont obligés de sauter des repas. Le pays manque de nourriture, mais aussi de médicaments, d'électricité et surtout d’essence.

Les dernières réserves de carburant ont été réquisitionnées pour les hôpitaux. Les écoles sont fermées, faute d’essence pour les bus scolaires. Le pays est surendetté. Pour la première fois, en avril, il a interrompu le remboursement de ses créances à l’étranger. L’inflation a été de 50% le mois dernier, après les 30% du mois d’avant.

Le pays en est arrivé à cette crise inédite à la suite d’une série d'événements. En 2019, le Sri Lanka a subi une vague d’attentats attribués à l’Etat Islamique. Plus de 150 morts le jour de Pâques, avec des bombes dans les églises et les hôtels de luxe. Résultat, une catastrophe pour le tourisme qui était la première industrie du pays. Puis en 2020, le Covid a empêché la relance du tourisme. En 2021, les frères Rajapaksa ont lancé des réformes qui ont toutes échoué. Et enfin, en 2022, la guerre en Ukraine a fait exploser les prix des matières premières dont l'île a besoin. Quatre années de descente aux enfers donc.

Le symbole de ces échecs, c’est ce qui a été tenté en matière agricole. En avril 2021, le gouvernement a interdit du jour au lendemain toute importation d’engrais et de pesticides pour que le pays devienne le premier au monde à avoir une agriculture 100% bio. Mais les paysans n’étaient pas formés à utiliser des engrais naturels et les productions de riz et de thé se sont effondrées. Très vite, les frères Rajapaksa reconnaissent leur erreur et reviennent en arrière. Mais trop tard, les dommages étaient irréversibles.

C’est une des causes de la faillite du pays. Mais une des causes seulement. L’autre, c’est aussi le surendettement, parce que la Chine s’est fait un plaisir de prêter des milliards pour mieux tenir le pays sous sa coupe. Et la dernière cause, c’est la guerre en Ukraine. Et là, malheureusement, il se pourrait que le Sri Lanka ne soit que le premier pays à le payer très cher.

Nicolas Poincaré