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Vladimir Poutine annonce le retrait de Syrie de l'armée russe pour "sortir vainqueur de ce conflit"

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REPORTAGE - Le chef de l'Etat russe a créé la surprise lundi. Il a annoncé le retrait de la majeure partie de ses forces de Syrie à quelques heures de l'ouverture de nouvelles négociations de paix pour régler le conflit, qui a fait plus de 270.000 morts en cinq ans. Pour Maxime Ioussine, grand-reporter au quotidien russe Kommersant joint par RMC, cette annonce est stratégique.

L'armée russe a commencé ce mardi à charger équipement et matériel militaire dans des gros porteurs qui vont s'envoler vers la Russie. La veille, Vladimir Poutine a créé la surprise en annonçant le retrait de son armée de ce pays en guerre depuis cinq ans. "Les objectifs ont été dans l'ensemble atteints", a-t-il justifié. "Cela stimulera le processus de paix".

Un véritable coup de théâtre orchestré par le chef de l'Etat russe, maître du tempo dans la crise syrienne. Cependant, le Kremlin a précisé qu'un site de maintenance de vols serait conservé afin de "permettre la surveillance de la trêve dans les combats", entrée en vigueur le 27 février dernier. "Pour Vladimir Poutine, c'est l'occasion de sortir vainqueur de ce conflit, analyse pour RMC Maxime Ioussine, grand-reporter au quotidien russe Kommersant. Il n'y a plus de menace imminente pour la survie du régime de Bachar al-Assad."

Le sort de Bachar al-Assad menace le processus de paix

Le Conseil de sécurité de l'ONU a jugé "positive" l'annonce du Kremlin. Depuis septembre, plus de 50 avions de combat russes ont visé des milliers de "cibles terroristes" lors de raids aériens intenses. Mais les Occidentaux ont accusé la Russie de privilégier les frappes sur les rebelles plutôt que sur l'organisation jihadiste Daesh.

L'annonce de ce retrait est intervenue quelques heures après le début à Genève d'un nouveau cycle de négociations entre des représentants du régime et de l'opposition. Au cœur des débats: le sort du président Bachar al-Assad, qui menace de faire capoter le processus de paix.

"Quand on détruit les pierres, on détruit un peuple"

Depuis le début de la guerre en 2011, certaines villes ont été détruites à 50% par les bombardements aériens et les combats au sol, comme Alep, Homs ou Deir Ezzor. Dans les ruines de ces villes, c'est tout un patrimoine qui a été ravagé. "On a des destructions comparables à ce qu'on a connu pendant la Seconde Guerre mondiale, explique pour RMC Pascal Butterlin, archéologue et professeur à l'université de Paris 1. Ce sont des cités qui étaient de véritables musées à ciel ouvert. Quand on détruit les pierres, on détruit l'avenir d'un peuple."

Un point de vue que partage le général Jean-Patrick Gaviard, ancien chef des armées. "Pendant la Seconde Guerre mondiale, c'était une stratégie que de détruire une ville pour amener la population locale à réagir contre Hitler et les nazis, ce qui n'a jamais marché, remarque-t-il pour RMC. Depuis, on s'est rendu compte que ce n'est pas en détruisant une ville qu'on obtient un gain."

"Je garde toujours l'espoir de rentrer chez moi"

La guerre en Syrie, qui a débuté après la répression sanglante de manifestations prodémocratiques, a fait plus de 270.000 morts et 1,5 million de blessés, selon un décompte de l'ONU. L'escalade meurtrière a poussé quelque 5 millions de Syriens à fuir vers l'Europe ou les pays voisins, comme la Turquie, la Jordanie et le Liban. A l'exemple d'Abdulrahaman. Il a 73 ans et a quitté Alep il y a huit mois. Depuis, il s'est installé avec une partie de sa famille dans un camp en Turquie qui longe la frontière avec la Syrie. "Je continue d'espérer que cette guerre se terminera un jour, témoigne-t-il pour RMC. Je n'ai pas du tout envie d'aller en Europe. Ici, dans ce camp, je suis tout près de mon pays. Dès que la guerre sera terminée, je prends mes affaires, et avec ma famille, on retourne chez nous."

C'est également l'espoir d'Ali. Quand la révolution a éclaté, il s'est engagé dans l'opposition. Il a photographié et filmé la guerre, les crimes du régime, les exactions contre les civils mais aussi des groupes armés, pour les publier sur internet. Mais il a été arrêté par un groupe islamiste et menacé. Obligé de fuir son pays, il vit depuis à Kilis, dernier poste-frontière turc avant la Syrie. "Je ne sais pas si on pourra retourner dans notre pays, s'inquiète-t-il pour RMC, mais je garde toujours l'espoir de rentrer chez moi."

C.H.A. avec Céline Martelet, Amélie Rosique et AFP