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Islamistes isolés à Fresnes: "Ce n'est pas gérable", selon un surveillant

La prison de Fresnes expérimente le regroupement et l'isolement des islamistes radicaux

La prison de Fresnes expérimente le regroupement et l'isolement des islamistes radicaux - FRED DUFOUR / AFP

Une quinzaine de détenus de la prison de Fresnes, identifiés comme islamistes radicaux, ont été regroupés dans une même partie de la prison de Fresnes afin d'empêcher les filières jihadistes de "recruter" dans les centres pénitentiaires. Mais pour les prendre en charge ou les surveiller, aucun moyen supplémentaire n'a été octroyé.

Les jihadistes d'un côté, les autres prisonniers de l'autre. Depuis une dizaine de jours, une quinzaine de détenus considérés comme des islamistes radicaux ont été regroupés et isolés des autres au centre pénitentiaire de Fresnes dans le Val-de-Marne. Une grande première dans les prisons françaises et qui a pour objectif d'empêcher tout contact avec les autres détenus pour éviter la propagation des discours radicaux au sein de la prison.

"S'ils veulent faire un rapport de force…"

Les islamistes radicaux ont donc des promenades séparées, ils ne croisent jamais les autres détenus dans les salles de sport ou dans les douches. Mais pour les prendre en charge ou les surveiller, aucun moyen supplémentaire n'a été octroyé. Ce qui inquiète Yoan Karar, secrétaire local de FO pénitentiaire à Fresnes : "Le problème est que, désormais, ils sont réunis entre eux et que, s'ils veulent, ils peuvent faire un rapport de force beaucoup plus fort qu'avant. En clair, s'ils décident de revendiquer des choses, on aura beaucoup plus de mal à gérer cette situation".

Pour ce surveillant de prison, "on a créé un groupe qui, pour le moment, n'est pas gérable". Et d'expliquer pourquoi : "On n'a pas de personnel et aucune indication de la part de la direction locale sur comment on doit travailler, comment on doit les gérer". Invité de Jean-Jacques Bourdin ce vendredi, Joachim Pueyo, député PS de l'Orne et ancien directeur des prisons de Fresnes et de Fleury-Mérogis, se dit "favorable à cette expérimentation" mais pas "à sa généralisation" comme y réfléchit actuellement la Chancellerie.

"Il ne faut pas créer de droit d’exception dans les prisons"

"Compte tenu de la surpopulation pénale, on peut imaginer, sur un site, des détenus hébergés dans un même bâtiment car l'administration pénitentiaire doit avoir les moyens de surveiller les détenus les plus radicaux afin de les empêcher d'influencer les plus faibles" assure-t-il sur RMC. Cependant, "je ne pense pas qu'il soit nécessaire de généraliser ce type de mesure. Elle doit être mise en place de manière appropriée site par site" explique cet élu socialiste.

Joachim Pueyo se justifie : "Je pense que cela peut créer un noyau dur et aboutir à des zones de non-droit. Cela pourrait même avoir l’effet inverse de celui recherché : certains détenus pourraient en faire une revendication et se radicaliser pour demander à être placés dans cette partie de la prison. C'est pour cela qu'il faut être très prudent avec cette expérimentation." Et de conclure : "Il ne faut pas créer de droit d’exception dans les prisons".

Maxime Ricard avec Jean-Jacques Bourdin et Céline Martelet