RMC

Jihad: pourquoi des Français de retour de Syrie sont remis en liberté?

Alors que le gouvernement cherche par tous les moyens à intercepter et à suivre les Français de retour de Syrie, la justice vient de libérer pour la première fois trois ex jihadistes : deux hommes libérés en mars, l'autre en mai, après avoir fait appel de leur placement en détention.

Pourquoi différents juges des libertés et de la détention (JLD) du tribunal de grande instance de Paris ont-ils décidé de les libérer ? "Parce qu'ils ne sont pas dangereux", assure Me Xavier Nogueras, avocat des deux jeunes hommes de 26 et 28 ans libérés en mars, invité ce vendredi de Jean-Jacques Bourdin.

Originaires d'Albertville, les deux ex jihadistes se sont vus confirmer par la cour d'appel de Paris leur libération après trois mois de détention. Ils étaient partis en Syrie pour le jihad avec leur famille, plusieurs semaines, entre février et mars 2014. Mais après plusieurs semaines, ils avaient préféré "rebrousser chemin".

"Tous les jihadistes ne sont pas des terroristes"

Durant leur court séjour en Syrie, les deux savoyards n'ont jamais combattu, assure leur avocat. "On ne part pas en Syrie comme on part pour un enterrement de vie de garçon. Mais ce n'est pas parce qu'on part en Syrie qu'on va nécessairement porter les armes ou faire des camps d'entraînement. Ils sont partis en famille, comme énormément de gens, et se sont aperçus que c'était une zone de guerre", explique Xavier Nogueras.

"Tous les jihadistes ne sont pas des terroristes, poursuit-il sur RMC. L'immense majorité des jeunes que nous défendons sont des jeunes qui se déplacent vers des zones géographiques qui posent problème mais qui néanmoins ne sont pas dangereux. Ils sont rentrés volontairement. C'est le cas d'énormément de jeunes qui sont incarcérés actuellement en maison d'arrêt".

"Mon client a compris son erreur"

Interpellés en novembre dernier, huit mois après leur retour de Syrie, les deux jihadistes ne seront restés que quatre mois derrière les barreaux. "Tous les 4 mois, le juge des libertés réexaminent votre situation judiciaire et carcérale. Et là, nous avions un dossier solide", soutient Xavier Nogueras. Les deux hommes ont en effet "une famille, un emploi, et ils n'ont plus de velléités de départ. Ils ont changé leur discours dès le premier jour d'entrée en Syrie quand ils ont vu la réalité. Mon client regrette ce qu'il s'est passé, il a compris son erreur et qu'il avait commis un délit. Il est parti pour vivre sa foi dans un pays où il ne se sent pas stigmatisé. Il n'a rien de dangereux et c'est pour ça qu'ils ont été libérés".

213 autres Français partis en Syrie sont déjà revenus sur notre territoire, selon les derniers chiffres du ministère de l'Intérieur (quoi datent de mai). 138 procédures judiciaires sont en cours. 272 interpellations ont eu lieu, conduisant à 111 incarcérations.

P. G. avec Jean-Jacques Bourdin