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Jihadistes: zoom sur une cellule de déradicalisation installée en Belgique

RMC a poussé les portes d’une cellule de déradicalisation, installée près de Bruxelles, en Belgique. Younes, qui a rejoint les rangs de l’Etat islamique à Alep, en Syrie, y est suivi depuis six mois. Et il a accepté de se confier.

La Belgique, comme la France, est l’un des pays européens d’où sont partis le plus de candidats au jihad: en tout, 480 personnes sont soupçonnées d'avoir intégré les rangs de l’Etat Islamique ou de factions d’Al-Qaida. RMC a pu pousser les portes d’une cellule de déradicalisation, installée au rez-de-chaussée d’un immeuble de Malines, une commune belge située près de Bruxelles. 

Cette petite structure, lancée il y a un an, tente de prévenir les départs vers la Syrie ou l’Irak, et prend en charge ceux qui ont choisi de rentrer. Ce jour-là, un père et un grand-père, totalement paniqués, arrivent à l’improviste. Ils veulent savoir comment aider leur fils à quitter le groupe Etat islamique. Pour répondre à leurs questions, Younes, yeux clairs et petite barbe miel. Ce Flamand de 26 ans est un converti - son prénom de naissance est Mickaël - suivi par le centre depuis six mois.

"Je ne trouve pas une vie tranquille ici"

En décembre 2013, il se rend en Syrie, près d’Alep, et intègre un groupe armé de l’Etat islamique en Irak et au Levant, devenu ensuite l’Etat islamique.

"Les raisons de mon départ? Très facilement, c’est la répression, la police, la justice", baragouine-t-il dans un français de débutant. "C’est difficile de chercher du travail… Le ramadan, couper le mouton, c’est quelque-chose de normal, mais ça aussi c’est difficile pour les musulmans. Je ne trouve pas une vie tranquille ici".

Comme tous ceux qui sont rentrés, Younes n’est pas très bavard quand on l’interroge sur son quotidien à Alep. Il dit qu’il n’a jamais combattu mais qu’il était armé, pour assurer les tours de garde de sa faction. Et le jeune Flamand affirme qu’il a été chargé d’enterrer les corps de ceux qu’il appelle les "martyrs", ces jihadistes morts au combat.

"Mon arme maintenant, c'est ma bouche"

Quelques semaines après son arrivée en Syrie, Younes décide de rentrer en Belgique, pour faire venir une jeune femme qu’il avait rencontrée sur Internet. Mais ce jeune converti n’est pas un repenti. Il ne regrette pas du tout d'être parti en Syrie, avoue-t-il à RMC:

"Jamais de la vie! Parce que je ne suis pas un terroriste, je suis radical. Nous ne sommes pas ici pour faire la guerre, mais pour donner le message. Le message d’islam, le message de vérité. Mon arme, maintenant, c’est ma bouche et mon vocabulaire. Mais pas les armes".

A son retour en Belgique, Younes est condamné à trois ans de prison avec sursis. C’est à ce moment-là qu’il est pris en charge par cette cellule de déradicalisation. 

"Le seul moyen de faire avancer les choses"

Montasser Alde’Emeh, le co-fondateur du centre, est devenu son tuteur.

"J’essaie de parler avec lui, de neutraliser ses frustrations", indique-t-il à RMC. "Si les autorités n’arrivent pas à communiquer avec eux, qui va le faire? (…) C’est le seul moyen de faire avancer les choses".

Montasser Alde’Emeh suit une dizaine de cas comme celui de Younes. Des jeunes de retour de Syrie ou d’Irak, qui l’écoutent parce qu’ils le jugent légitime. Ce jeune chercheur s’est en effet rendu à Alep, pour rencontrer des jihadistes. Il en a d’ailleurs fait un livre, Pourquoi nous sommes tous des jihadistes (éd. "La Boite de Pandore").

En six mois, Younes semble s’être apaisé. Il le reconnaît lui-même: il est moins agressif, et accepte plus facilement le débat. Signe de cette évolution, Younes a accepté de répondre à des questions venant d’une femme, dans une interview en face à face. En France, le gouvernement souhaite mettre en place un centre du même type d’ici la fin de l’année.

C. P. avec Céline Martelet