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Jours réservés aux femmes: une épicerie musulmane crée la polémique à Bordeaux

Les hommes à certaines heures. Les femmes à d’autres. C’était la règle, clairement affichée, dans une épicerie de Bordeaux, quartier Saint-Michel. Le propriétaire des lieux refusait la mixité dans son magasin pour, dit-il, se "conformer à la pratique" de la religion musulmane. Face à l’ampleur de la polémique, l’affiche a été retirée lundi soir.

"Les frères : les lundis, mardis, mercredis et vendredis. Les sœurs : le samedi, le dimanche". Voilà ce qu'on pouvait lire jusqu'à lundi soir sur une affiche scotchée sur la devanture verte et jaune de l'épicerie de quartier appelée De l’Orient à l’Occident. Dans son épicerie bazar du quartier Saint-Michel à Bordeaux, Jean-Baptiste Michalon, un jeune Picard converti à l'islam, vend des pâtisseries, du miel, des boissons, quelques habits traditionnels et des livres consacrés à l’islam. Et s’il pratiquait des jours d’ouverture différents pour les hommes et les femmes, c’est uniquement une question de religion.

"Il y a des femmes qui sont mal à l'aise et qui ne venait pas avec l'ancien propriétaire, parce qu'elle ne voulait pas être seule avec un homme", explique-t-il sur BFMTV. "Dans la religion, on n'a pas le droit d'être tout seul, isolé, avec une femme dans la même pièce, croit-il savoir. Une femme va voir l'affiche elle va se dire que c'est mieux qu'elle vienne quand il y a une femme qui tient la boutique, que quand c'est un homme, comme ça elle ne va pas prendre un péché (sic). Après si une femme vient quand je suis là, je la laisse faire ses emplettes et je ne reviens que quand elle doit payer. Si on peut faciliter la religion pour tout le monde…".

"Même à l'époque du prophète on n'a jamais vu ça"

"Même à l'époque du prophète on n'a jamais vu ça. Les marchés étaient mixtes", rappelle la fédération des musulmans de Gironde. Pour Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux, cet épicier converti est le symbole d'une "génération de jeunes qui n'ont pas de culture religieuse profonde, avec une lecture anachronique et absolutiste des textes, avec notamment des lectures obsessionnelles de tout ce qui touche à la femme et au sexe. Ce sont des jeunes irresponsables et presque isolés de la société. Ils n'ont pas le bon produit théologique. (…) Ils n'ont pas fréquenté les mosquées depuis leur enfance. Ils ont découvert la foi à 19 ans sans culture religieuse a priori". Interrogé par France Info, il explique que "pour eux la référence n'est pas en France, elle est en Arabie Saoudite. Pour eux l'imam qui parle un français correct et qui est issu d'une culture occidentale ne peut être une référence".

"Totale contradiction avec les règles républicaines"

Le maire de Bordeaux, Alain Juppé, s’est fendu de plusieurs tweets lundi, pour dénoncer "un comportement en totale contradiction avec les règles républicaines" et rappelle que "l’ouverture d’un établissement à des jours différents pour les hommes et les femmes est passible de sanctions pénales". Des sanctions qui peuvent aller jusqu’à 3 ans de prison et 45.000 euros d’amende. Le préfet de Gironde a d'ailleurs demandé à ce que la justice se saisisse immédiatement du dossier. Le propriétaire de l’épicerie a réagi dès lundi soir. L’affiche ne figure plus devant son magasin. Et il promet de respecter la loi.

P. G. avec BFMTV et Matthieu Rouault