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Jugé pour le meurtre d'un cambrioleur: "J'ai tellement de tristesse"

Un patron de bar-tabac est jugé à partir de ce lundi aux assises d'Albi pour avoir tiré sur deux cambrioleurs et tué l'un d'eux.

Le patron d'un bar-tabac de Lavaur (Tarn) est jugé pour "meurtre", à partir de lundi à Albi, cinq ans après avoir tué un jeune cambrioleur de 17 ans d'une balle de fusil de chasse. Fin 2009, Luc Fournié, aujourd'hui âgé de 60 ans, redoute de se faire cambrioler son bar à Lavaur, après avoir découvert des barreaux de fenêtre scié. Dans le passage menant au bar, il avait donc tendu du fil entre des chaises. La nuit du drame, entendant du bruit, il s'était emparé de son fusil et, "pris par la peur" selon sa défense, avait ouvert le feu sur Jonathan et Ugo, deux lycéens de 17 ans qui s'étaient introduits dans le bar-tabac pour voler la caisse. Seul Ugo était parvenu à s'enfuir.

Ce lundi sur RMC, Luc Fournié explique qu’il était à bout, qu’il a tiré car il était cambriolé régulièrement. Et le cafetier, qui plaide la légitime défense, déclare aussi "attendre que justice se fasse, en toute équité… J'attends une issue favorable". "J'ai tellement de tristesse… J'aurais tellement voulu que les choses se passent différemment", ajoute celui qui à l'époque avait passé une dizaine de jours en détention provisoire.

"Je crains la prison"

Si, depuis, Luc Fournié a repris le travail dans le même bar-tabac, dans Bourdin Direct, il dit "craindre la prison" même s'il confie "l'avoir de toute façon déjà en moi à cause de ce que j'ai fait. Ça me restera jusqu'à la fin de mes jours malheureusement." Dans la famille de Jonathan, plus de cinq ans après les faits, les plaies ne sont toujours pas refermées.

"Mon frère était charismatique. C'était un boute-en-train, il n'était pas méchant", raconte Elsa, la sœur de Jonathan qui se montre ferme à propos du procès: "Je veux que tous les détails de l'histoire soient connus et entendus de tous". Car la famille de Jonathan affirme qu'il s'agissait non pas de légitime défense mais bel et bien d'un guet-apens de la part du cafetier.

"Ce n'était pas un voyou"

"Jonathan et Ugo se sont introduits dans le bar et Luc Fournié a tiré sur Jonathan à hauteur d'homme. De plus, la préparation en amont nous montre qu'il s'agissait d'un guet-apens. Du fait de tous ces pièges, la légitime défense ne peut pas tenir", assure Estelle, la mère de Jonathan.

Elle poursuit: "Mon fils a eu une vraie éducation, il ne trainait pas dans la rue. Ce n'était pas un délinquant, un voyou. Il avait un cadre. Je ne peux pas vous dire ce qu'il s'est passé dans sa tête ce soir-là car il ne savait rien de ce cambriolage, il n'était pas au courant du projet d'Ugo." Elle conclut avec émotion: "La balle qu'il a reçu l'a tué mais aussi sa sœur, sa mère, sa famille. C'est une balle qui depuis cinq ans nous tue à petit feu".

Maxime Ricard avec Jean-Wilfrid Forquès