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Karachi : ce que change la mise en garde à vue de Renaud Donnedieu de Vabres

Christophe Jakubyszyn.

Christophe Jakubyszyn. - -

L’enquête sur l’affaire Karachi est montée d’un cran hier mardi avec le placement en garde à vue d’un ancien ministre, Renaud Donnedieu de Vabres. Des questions restent en suspens mais la justice se rapproche de plus en plus des ministres les plus puissants de l’époque, parmi eux, Edouard Balladur, alors premier ministre.

Même si ce n’est pas en tant qu’ancien ministre que Renaud Donnedieu de Vabres est entendu dans l’affaire Karachi, mais en tant qu’ancien conseiller du ministre de la Défense François Léotard, il est clair que les juges entrent dans le volet politique de l’affaire.

Donnedieu de Vabres au courant des rétro-commissions?

Cette affaire Karachi, c’est à la fois le versement de rétro-commissions en marge de deux contrats d’armement, des suspicions sur le financement de la campagne électorale de 1995 et enfin un lien possible avec l’attentat de 2002 qui a causé la mort de 14 personnes dont 11 Français.
On reproche à Renaud Donnedieu de Vabres d’avoir été peut-être aux premières loges de l’organisation du versement des rétro-commissions en marge de deux contrats d’armement, la vente au Pakistan de trois sous-marins pour 5,4 milliards de francs. Et la vente de frégates à l’Arabie Saoudite.
C’est Renaud Donnedieu de Vabres, ministère de la Défense, qui aurait eu notamment la charge de « traiter » le principal intermédiaire, le franco-libanais Ziad Takieddine.
Un Ziad Takieddine qui, depuis les années 90, n’a cessé d’entretenir le lien avec des hommes qui sont aujourd’hui dans le premier cercle présidentiel (comme Brice Hortefeux, Claude Guéant, Pierre Charon, ou Jean-François Copé). Des liens que tous qualifient d’amicaux. Mais des liens aujourd’hui embarrassants.

Comment les juges sont-ils remontés à Renaud Donnedieu de Vabres ?

Au fond, il y a trois hommes qui au sein du gouvernement Balladur auraient été les négociateurs de ces contrats :
- au ministère de la défense, dirigé par François Léotard, RDDV
- à Matignon, dirigé par Edouard Balladur, Nicolas Bazire
- au ministère du budget, dirigé par Nicolas Sarkozy, Thierry Gaubert.
Dans cette affaire, ce sont essentiellement les témoignages qui ont permis aux juges de remonter les filières. C’est une femme qui parle, l’épouse de Thierry Gaubert qui se serait « mise à table » comme on dit, depuis le mois de septembre.
« Elle balance beaucoup apparemment Hélène », avait confié le 14 septembre au téléphone Brice Hortefeux à son ami Thierry Gaubert.
C’est elle qui a affirmé aux magistrats que son mari se rendait en Suisse pour y ramener des valises de billets qu’il remettait ensuite au directeur de cabinet d’Edouard Balladur, Nicolas Bazire.
Est-ce cet argent qui aurait servi à financer la campagne d’Edouard Balladur en 1995 ? Est-ce cet argent qui se serait retrouvé sur les comptes de campagne pour boucler le budget ; les fameux 20 millions de francs dont personne ne connaît vraiment l’origine ? C’est la question que se posent toujours les juges.
Enfin, autre question, est-ce que c’est parce que Jacques Chirac, vainqueur, a ordonné la fin du paiement des commissions sur ce contrat qu’un attentat a visé des Français en 2002 au Pakistan ?

Une enquête qui se rapproche d’Edouard Balladur

Les juges vont essayer de faire parler RDDV sur ses liens avec l’intermédiaire Ziad Takkiedine et sur le rôle de ce dernier sur les contrats d’armement. Là encore, l’épouse de Thierry Gaubert, la princesse Hélène de Yougoslavie a aussi mis en cause RDDV qui leur aurait présenté les époux Takieddine.
Les juges se rapprochent désormais dangereusement du plus haut niveau de l'Etat. Dans quelques semaines, ce pourrait être au tour de François Léotard, à l'époque ministre de la défense, et Edouard Balladur, premier ministre, d’être dans le collimateur des magistrats.

Christophe Jakubyszyn