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L'esclavage domestique est à portée de métro

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Alors que se tient ce vendredi la journée mondiale pour l'abolition de l'esclavage, le Comité contre l'esclavage moderne rappelle que l'esclavage domestique existe toujours en France. Et qu'on le retrouve dans toutes les catégories de la société, explique Sylvie O'Dy vice-présidente du comité, à RMC.fr.

"L'esclavage domestique est la forme d'esclavage que l'on rencontre le plus souvent. Ce sont des jeunes femmes, parfois des enfants ou de toutes jeunes filles qui viennent en France contre la promesse d'une scolarisation et quand elles arrivent elles s'occupent d'une maisonnée ou d'enfants avec des journées de travail qui peuvent durer 15 heures, sans jamais de repos. Soit ce sont des femmes un peu plus âgées et qui viennent là contre la promesse d'un travail d'une régularisation et d'un salaire.

Et de la même façon, quand elles arrivent, on leur confisque leur passeport et elles se retrouvent enfermés sous l'emprise d'un exploiteur qui les empêche de sortir et les force à travailler dans des conditions de vie contraires à la dignité humaine.

Et malheureusement comme ce sont des personnes étrangères, qu'elles n'ont pas de papiers, qu'elles ne parlent pas français, elles ne savent même pas qu'elles ont des droits, elles ne peuvent donc pas demander du secours et il est donc très difficile pour elles d'arriver jusqu'à un comité comme le nôtre.

"Dans l'immeuble des quartiers défavorisés à l'hôtel particulier des beaux quartiers"

Les employeurs, on les retrouve dans toutes les catégories de la société, de l'immeuble des quartiers défavorisés à l'hôtel particulier des beaux quartiers. Il n'y a pas de catégorie socio-professionnelle spécifique pour les exploiteurs. Quand on a créé le comité il y a 20 ans, on pensait qu'on aurait affaire à très peu de cas et plutôt chez des gens très fortunés. Malheureusement ça existe dans toutes les couches sociales.

On prend en charge deux ou trois personnes par mois en général en Ile-de- France, mais ça peut tout à fait être dans les campagnes. L'esclavage domestique c'est à portée de métro, à portée de RER à portée de TGV. Il n'y a pas un endroit où ça ne peut pas exister.

Quand on en parle les gens tombent des nues. Les gens ne se rendent pas compte que ça existe. On a mené plus de 200 procès, pas forcément gagnés car c'est parole contre parole. C'est un huis clos, il n'y a pas de témoins".

Propos recueillis par Paulina Benavente