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L’Europe à 27 n’existe plus

Christophe Jakubyszyn.

Christophe Jakubyszyn. - -

Accord surprise cette nuit à Bruxelles. Un accord historique à plus d’un titre. Sauvera-t-il l’euro ? Rien n’est moins sûr. Seule certitude, le 9 décembre 2011 est une date historique.

L’Europe n’est plus. L’Europe à 27 telle que nous la connaissions a cessé d’exister.

L’Angleterre dit « stop »

David Cameron, le premier ministre britannique, a claqué la porte. Définitivement. Il ne signera pas le nouveau traité. Il est revenu ce matin sur cette décision, la qualifiant de « difficile mais bonne, car les intérêts du Royaume-Uni n'étaient pas préservés. Si vous ne pouvez pas obtenir des garde-fous à l'intérieur du traité, il vaut mieux rester en dehors ».
Trois autres pays, la Hongrie, la Suède et la République Tchèque réservent leur réponse pour plus tard.
Ce matin, il est 5h10. Nicolas Sarkozy entre dans la salle de presse par surprise. Quelques journalistes sont présents, dont celui de RMC. Le président explique ce qui s’est passé : « Nous aurions préféré une réforme des traités à 27. Cela n’a pas été possible compte tenu de la position de nos amis britanniques. Cela sera donc un traité gouvernemental à 17 ».

Une Europe à 17 ou 23 capable de sauver l’euro ?

Sauver ce qui peut encore l’être. C’est le combat désespéré que mènent Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Que dira-t-on dans les livres d’histoire dans 10, 20 ans ? Je ne sais pas. Soit que le 9 décembre, l’Europe aura explosé, qu’une nouvelle Europe, sans les Anglais, aura vu le jour. Soit que le 9 décembre, l’euro aura commencé à disparaître.
Car le nouveau traité présenté il y a deux heures par Nicolas Sarkozy prévoit comme on s'y attendait des mécanismes d’encadrement des budgets des Etats et des mécanismes de sanction.

Un plan de sauvetage désespéré et ridicule

L’accord prévoit aussi encore un nouveau plan de sauvetage de l’euro. Un plan que je qualifierais ce matin de désespéré. On crée un nouveau fonds de soutien pour remplacer le Fond Européen de Stabilité Financière, mort-né et déjà dégradé par les agences de notation. Et vous savez par quoi on le remplace ? Par le MES… Vous savez ce que veut dire « mess » en anglais… C’est un merdier. Quelle ironie ! J’espère que ce n’est pas de l’ironie mais j’imagine que les quotidiens britanniques vont s’en donner à cœur joie.
Autre mécanisme : le FMI va venir à notre secours. Mais comme ni les Américains, ni les Chinois ne veulent que leur argent ne soit utilisé, ce sont les Européens qui vont devoir donner 200 milliards d’euros au FMI pour que le FMI aide l’Europe. C’est ridicule.

Un accord secret avec la BCE qui peut sauver l’Europe

Je ne suis pas très optimiste. Sauf qu’il y a aussi un accord secret et c’est peut-être de là que viendra la survie de l’Europe. Un accord secret sur la BCE, qui va tenter de sauver l’Euro en faisant fonctionner la planche à billet. Pourquoi secret ? Parce que la chancelière allemande ne peut pas dire à ses compatriotes qu’elle a tordu le bras à la BCE, que la BCE va faire une politique qui risque de déboucher sur de l’inflation. Elle ne peut pas dire cela à des Allemands vieillissants et rentiers qui veulent avant tout protéger leur épargne.
Déjà hier, Mario Draghi, le président de la BCE, a pris trois mesures. La baisse de son principal taux d'intérêt à 1 %, la fourniture d’énormes liquidités aux banques pour les trois prochaines années, et la BCE va même accepter comme gages des obligations notées d'un "simple A". Bref, la BCE fait tourner la planche à billet.
Ces mesures annoncées hier sont un signe pour les spéculateurs. La digue va-t-elle suffire à arrêter le tsunami qui déferle sur nous ?
Ce qui est sûr c’est que les Anglais ce matin ont pris le large. Et ça, ce n’est jamais très bon signe.

Écoutez "Les coulisses de la politique" de Christophe Jakubyszyn de ce vendredi :

Christophe Jakubyszyn