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La justice rouvre le dossier Robert Boulin: "C'est une affaire qui a sali la Ve République"

Le mystère entourant la mort en 1979 de Robert Boulin, ancien ministre du Travail, va-t-il être levé? La justice a annoncé ce jeudi l'ouverture d'une enquête pour "enlèvement et séquestration."

C’est un rebondissement hors du commun. 36 ans après la mort de l'ancien ministre Robert Boulin, le parquet de Versailles a décidé de rouvrir le dossier. Une information judiciaire pour "arrestation, enlèvement et séquestration suivi de mort ou assassinat" a été ouverte.

Le 30 octobre 1979, Robert Boulin, 59 ans, est trouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet, dans les Yvelines. Officiellement, il s'est noyé dans 50cm d'eau après avoir absorbé des barbituriques. Quelques semaines auparavant, le ministre avait été mis en cause dans une affaire immobilière à Ramatuelle, dans le Var.

Mais cette thèse du suicide, la famille du ministre n'y a jamais cru. Selon sa fille, Robert Boulin a été assassiné parce qu'il disposait d'informations sur un financement politique occulte. Après un non-lieu rendu en 1991, la réouverture de l'enquête a été refusée deux fois, le plus récemment en 2010.

Un nouveau témoignage

Rebondissement en mai dernier: la fille de Robert Boulin dépose une nouvelle plainte, en s'appuyant notamment sur un témoignage recueilli par un journaliste. Ce témoin a raconté en 2013 avoir vu le véhicule du ministre conduit par un tiers, la veille de sa mort.

"Récemment, un témoin s’est confié à moi", explique Benoît Collombat, journaliste, auteur de Un homme à abattre : Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin. "Ce témoin se souvient que le 29 octobre 1979, en fin d’après-midi, quelques heures avant son mort, avoir croisé Robert Boulin au volant de son véhicule, avec deux autres individus, dont l’un conduisait la voiture de Robert Boulin. Et c’est sur la base de ce témoignage là que la justice rouvre le dossier pour arrestation, enlèvement et séquestration."

Plus de 30 ans après les faits, ce nouveau volet judiciaire représente un immense soulagement pour l’entourage du ministre.

"36 ans de combat vont peut-être permettre d’aboutir à la vérité", espère Fabienne Boulin-Burgeat, fille de Robert Boulin. "J’attendais cela avec impatience. J’espère que des gens qui jusque-là n’ont pas dit la vérité ou qui ont esquivé, vont reconnaître devant des magistrats tous ces mensonges. Je suis d’une famille de résistants et je pense qu’il ne fait pas accepter l’ignominie, et combattre pour mettre plus de lumière dans les choses."

"C'est une instruction ratée"

"Nous avons beaucoup travaillé pour en arriver là", souligne de son côté Marie Dosé, l'avocate de Fabienne Boulin-Burgeat. "Nous sommes très impatients de voir un juge d’instruction indépendant instruire cette affaire, à charge ou à décharge, mais exploiter tous les éléments qui n’ont jamais été exploités."

"C’est une instruction ratée et c’est une affaire qui a sali la 5e République", poursuit-elle. "Il est temps que le travail se fasse en toute sérénité et en toute indépendance."

Le juge d’instruction va donc pouvoir relancer l'enquête, en menant des confrontations entre certains témoins qui avancent des versions contradictoires, ou en faisant une reconstitution sur les lieux, si besoin avec des moyens scientifiques. De quoi peut-être éclaircir l'un des dossiers les plus mystérieux de la Ve République...

Benjamin Smadja