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La lutte contre les fraudes n’a rien d’antisocial

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Nicolas Sarkozy a annoncé hier à Bordeaux une grande offensive contre les fraudes aux prestations sociales. « Voler la sécurité sociale, c’est trahir la confiance de tous les Français. » Une lutte contre les tricheurs qui n’a rien d’antisocial...

Ça devrait être une évidence et pourtant, ça ne l’est pas. Le président de la République est dans son rôle quand il rappelle que ceux qui s’efforcent de bénéficier d’allocations sociales auxquelles ils n’ont pas droit se rendent coupables non seulement d’une forme de détournement d’argent public, mais aussi d’une atteinte à l’esprit et au système de solidarité. Abuser de la Sécurité sociale ou des Assedic, ce n’est pas se montrer plus malin que l’Etat ; c’est se montrer moins honnête que son voisin ou son collègue qui respectent la règle – et les priver, eux, des aides dont ils ont besoin. Donc non seulement ce n’est pas antisocial, mais c’est même au nom de la solidarité nationale qu’il faut lutter contre les fraudes sociales.

Donc vous approuvez les annonces faites hier par Nicolas Sarkozy ?

J’approuve le principe mais plusieurs choses me gênent dans la forme de ces annonces. Par un glissement qui ne peut pas être involontaire, N. Sarkozy met l’accent sur la fraude pour dévoiler ce qui n’est rien d’autre qu’une mesure d’économie – la baisse de l’indemnisation des arrêts maladie. Ça revient soit à considérer tous les salariés qui s’absentent pour raison de santé comme des tricheurs (ce qui n’est pas vrai), soit à sanctionner tous les salariés à cause de ceux qui fraudent (ce qui n’est pas moral). Alors, certes, il y a des abus et ils coûtent des milliards à l’Etat, à la Sécurité sociale et aux collectivités. Mais ces abus, rien dans les annonces d’hier ne permet de savoir comment on va les réprimer – à part quelques croisements de fichiers (qu’on croyait effectifs depuis longtemps) et un peu plus de contrôles. Alors qu’on pourrait contrôler davantage les entreprises qui ont recours au travail au noir, ce qui coûte bien plus cher. Et sur la fraude fiscale – mais ce serait électoralement moins porteur, puisqu’on a coutume de dire que c’est un « sport national ».

Est-ce que la dénonciation des fraudes sociales sera un thème de campagne de N. Sarkozy ?

Ça ne fait aucun doute – l’Elysée a d’ailleurs préparé le terrain, en exploitant le rapport du député Dominique Tian sur les arrêts maladie. On peut même supposer que le choix de faire ces annonces à Bordeaux n’est pas innocent puisqu’il se dit beaucoup qu’Alain Juppé, qui en est le maire, sera l’un des piliers de la campagne. En fait, ce que cherche N. Sarkozy, ce sont des sujets « clivants », qui soulignent les différences entre la droite et la gauche et des thèmes qui font dresser l’oreille des sympathisants du FN. La dénonciation des fraudes sociales entre évidemment dans ce cadre-là. Personne n’est dupe : cette chasse aux fraudeurs est d’abord une pêche aux électeurs.

Est-ce que l’instauration des sept heures de travail obligatoire par semaine pour les bénéficiaires du RSA s’inscrit dans la même logique ?

Oui. C’est un message qui veut clairement dire que ceux qui touchent le RSA sont des assistés et donc qu’ils ne méritent pas. Pour la plupart, c’est faux car justement le RSA concerne principalement ceux qui reprennent un emploi. Et ce sera difficile à appliquer parce qu’il faudra trouver des tâches spécifiques à leur confier, quelle que soit leur qualification. A l’arrivée, ça ressemble plus à un slogan électoral qu’à un dispositif social.

Hervé Gattegno