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La République des irresponsables

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

La contestation gagne du terrain dans la justice depuis que Nicolas Sarkozy a réclamé « des sanctions » dans l'affaire du meurtre de Laëtitia à Pornic. Lundi, François Fillon a lancé un appel à « la responsabilité ». Pour Hervé Gattegno, il s'est trompé de pays. Son parti pris : bienvenue dans la République des irresponsables !

La contestation gagne du terrain dans la justice depuis que Nicolas Sarkozy a réclamé "des sanctions" dans l'affaire du meurtre de Laëtitia à Pornic. Hier, François Fillon a lancé un appel à "la responsabilité". Pour vous, il s'est trompé de pays. Votre parti pris : bienvenue dans la République des irresponsables !

Le « parti pris » d'Hervé Gattegno:

En rappelant à l'ordre les juges frondeurs, le Premier ministre est dans son rôle : on ne souligne pas assez que la magistrature ne dispose pas du droit de grève et que ses membres, qui sont des fonctionnaires, n'ont pas le droit de bloquer un service public pour protester, a fortiori contre une déclaration du président de la République ! On peut penser ce que l'on veut de ce qu'a dit Nicolas Sarkozy sur le crime de Pornic, il est clair que les magistrats qui n'assurent pas les audiences dans les tribunaux se mettent hors la loi. Ce qui est désolant, c'est de voir les politiques et les juges se lancer des invectives et s'envoyer à la figure le grand mot de "responsabilité" alors qu'on nage dans l'irresponsabilité générale !

Justement, est-ce que Nicolas Sarkozy n'a pas raison de vouloir identifier des responsables ?

Peut-être, mais pourquoi, alors, n'a-t-il pas attendu les résultats des inspections qui ont été ordonnées avant de dénoncer des "dysfonctionnements" dans le suivi du futur meurtrier ? Une fois de plus, Nicolas Sarkozy a choisi d'emblée de pointer les coupables parmi les magistrats. D'un autre côté, la réaction de corps des magistrats a quelque chose de tout aussi dérangeant. Elle donne le sentiment que les juges n'admettent pas la moindre mise en cause, par principe. Ils ont évidemment tort et, comme l'a dit François Fillon hier, ils s'exposent à l'incompréhension des Français. L'adage dit que la justice est aveugle. Il ne faudrait pas qu'elle soit sourde.

Peut-on envisager effectivement des sanctions dans l'affaire de Pornic?

À chaque polémique du même genre, sur la question de la prévention des crimes de récidivistes, les politiques brandissent la menace de la sanction personnelle contre les magistrats. On verra bien s'il y a eu des fautes dans cette affaire et qui les a commises. Mais il faut rappeler ce principe : on ne peut pas punir un juge parce qu'il a pris une mauvaise décision, sans quoi il n'y a plus de décision possible - et ce n'est pas le fait d'instaurer des jurys populaires partout, comme le veut Nicolas Sarkozy, qui y changera quoi que ce soit. D'ailleurs, quand ces jurys décideront des remises en liberté, comment fera-t-on s'ils libèrent un criminel qui repasse à l'acte ? On condamnera les jurés ? Faire croire que ce système-là évitera les erreurs, ce n'est pas très... responsable.

La question de la responsabilité est aussi au coeur des reproches faits à Michèle Alliot-Marie. Est-ce que vous trouvez fondés les appels à la démission lancés par le PS ?

Hélas, oui. Mme Alliot-Marie est une femme de qualité, mais elle s'est mise dans un mauvais pas et sa défense vole moins haut que le jet de son ami tunisien. Mais ces appels à la démission, ils sont aussi assez hypocrites. La vérité, c'est que tout notre système politique, administratif et judiciaire repose sur le principe d'irresponsabilité. Personne n'est jamais sanctionné puisque personne n'a jamais commis de faute. La Constitution prévoit que le gouvernement est responsable devant le Parlement. Dans la pratique, les ministres ne sont responsables que devant le président - ce qui relève plus d'un fonctionnement monarchique. Parfois il baisse le pouce, parfois non. C'est lui qui décide. Peut-être que MAM s'en tirera avec un blâme. Ce serait la même sanction que celle qui a été infligée au juge de l'affaire d'Outreau. Personne ne fera grève pour protester.

Hervé Gattegno