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Laïcité: Claude Guéant va-t-il trop loin ?

Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant.

Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant. - -

Les déclarations de Claude Guéant, réaffirmant une interdiction pour les usagers des services publics - notamment de l'hôpital - d'afficher leur préférence religieuse, ont mis en colère l'opposition. Ces propos étaient-ils nécessaires ? Débat

Claude Guéant a eu beau atténuer immédiatement la portée de ses premières déclarations jeudi matin, ses propos sur la laïcité ont provoqué un vent de polémique, à quelques heures du second tour des cantonales.
Pour le ministre de l'Intérieur, la législation actuelle impose aux usagers des services publics - à l'instar des fonctionnaires - de ne pas porter de signes religieux ni de manifester une quelconque préférence religieuse. Une idée qu'il a rapidement précisée en indiquant qu'il pensait surtout au service public hospitalier, où « un certain nombre de personnes (...) refusent, pour des femmes, des soins prodigués par des hommes ».

Une circulaire de 2005 prévoit déjà l'interdiction

Claude Guéant fait clairement référence à une situation, maintes fois dénoncée par le personnel des hôpitaux, où la religion empêche le corps médical d'intervenir normalement, avec des conséquences sanitaires parfois délicates voire dangereuses. Or, une circulaire du 2 février 2005 précise les règles à respecter en milieu hospitalier au regard de la laïcité. Elle dispose notamment qu'un patient peut afficher librement son culte, à condition d'une compatibilité « avec les exigences d'une bonne dispensation des soins et des règles d'hygiène » et avec « le fonctionnement normal de l'unité et de la tranquillité des autres patients ». Autrement dit, Claude Guéant n'a fait que répéter les termes d'une loi existante depuis six ans. Et à l'application à l'évidence variable.

« Repêcher quelques électeurs du Front national »

Car dans la pratique, les soignants doivent donner dans la composition. Il faut parfois discuter longtemps avec des patients réticents à recevoir des soins. Un médecin raconte même qu'il a dû attendre l'avis d'une commission théologique pour pouvoir procéder à l'avortement thérapeutique d'une patiente en danger de mort.
Pour le député socialiste Claude Bartolone, les propos de Claude Guéant se résument ainsi à « une volonté d'hystériser la question de l'Islam pour essayer de repêcher quelques électeurs du Front national. Une commission qui devait réfléchir à la question de la laïcité sur demande du gouvernement a rendu son rapport il y a quelques semaines. Aucune suite n'a été donnée ».

« Il faut rendre à la religion sa véritable place »

Pour la majorité cependant, le « rappel à la loi » du ministre de l'Intérieur est tout sauf inutile. C'est ce que martellent depuis vingt-quatre heures nombre de responsables de l'UMP, à l'image du député du Tarn Bernard Carayon sur RMC: « C 'est le bon sens. Il faut que la République soit un moment de paix entre les gens, et non pas l'occasion d'être instrumentalisés par des passions religieuses. On refuse de substituer à un médecin masculin un médecin féminin, parceque c'est le plus disponible et le plus apte à soigner une épouse. Son mari ne va pas refuser longtemps si c'est un problème de santé important. Il faut rendre à la religion sa vériable place, qui est celle de l'intimité et de la vie privée ».

La Rédaction et S. Collié