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Lamia, expulsée de son logement avec sa famille: "Notre vie est anéantie"

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La trêve hivernale a pris effet ce 1er novembre. Les locataires ne pourront pas être expulsés de leur logement, même en cas de loyer impayé. Malgré cela, les décisions d'expulsions ont augmenté de près de 5% cette année.

Un répit pour les personnes menacées d'expulsion. Depuis samedi, 21h, la trêve hivernale a commencé. Jusqu'au 31 mars prochain, aucun locataire ne peut être mis à la porte de chez lui. Pourtant, beaucoup d’associations qui viennent en aide aux plus démunis se disent inquiètent: cette année les décisions judiciaires d'expulsions ont augmenté de près de 5%.

Des expulsions qui concernent de plus en plus de familles, de personnes âgées mais aussi... des personnes qui en théorie ne sont pas expulsables. C'est le cas des locataires reconnus prioritaires en matière de droit au logement opposable (DALO). Selon une circulaire de 2012, ils ne peuvent pas être mis à la porte de chez eux sans solution de relogement.

C'est pourtant ce qui est arrivé à Lamia, une mère de 2 enfants. Elle et sa famille ont été expulsés de leur appartement en juillet dernier.

"On est sorti à 9h, on est revenu à 10h, et les serrures étaient changées", explique-t-elle. "Ils avaient même mis une alarme pour qu’on ne rentre pas à l'intérieur."

"On n'a plus de vie"

Lamia et son mari payaient pourtant leur loyer, mais la propriétaire a voulu reprendre son bien. Depuis, ils sont à la rue sans aucune solution. En attente d’un logement social depuis 2009, prioritaire DALO depuis 2013, Lamia n’aurait pas dû être expulsée, selon une circulaire. Aujourd’hui, elle se sent abandonnée.

"J’ai écrit à la préfecture, la préfecture envoie un courrier à la mairie, la mairie renvoie un courrier à la préfecture...", énumère-t-elle. "Cela fait 6 ans que c'est comme ça."

Avec ses enfants, Lamia est hébergée chez des amis, alors que son mari dort sous une tente. La famille vit un véritable cauchemar.

"On n’est plus des gens normaux, on ne mange plus ensemble on ne sort plus ensemble, on n’a plus de vie", lâche Lamia. "Depuis le 21 juillet, notre vie est anéantie. Selon plusieurs associations, environ 80% des expulsions dans le secteur privée seraient illégales.

"Une dégradation de la situation"

Ce genre de drame serait de plus en plus courant dans notre pays. "Il y a une dégradation de la situation pour l’ensemble des ménages modestes en France, qui sont confrontés à une réduction des allocations logements et à une hausse des loyers", note Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l'association "Droit au logement".

"Même en HLM, les expulsions augmentent de manière considérable", précise-t-il. "Il y aussi des personne âgées, de 70 ou 80 ans, qu’on ne voyait pas avant, et qui sont mis à la rue. On a des familles avec enfants, des personnes handicapées... Ce sont des personnes fragiles et vulnérables, qui ne devraient pas être mis à la rue sans une solution de relogement."

David Buron