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Le TAFTA est fondamentalement anti-démocratique

EDITO - Le 13ème round des négociations sur le traité de libre-échange entre les États-Unis et l'Europe a commencé ce lundi à New-York. Mais en réalité, aucune des deux parties concernées ne veut de ce projet antidémocratique, affirme Maurice Szafran. François Hollande tentera même de décliner ce traité s'il n'y a pas de réciprocité et ni de transparence de la part des deux côtés.

Lundi à New-York, les représentants de l'administration Obama et ceux de la Commission européenne ont ouvert le 13ème round de la négociation sur le désormais célèbre et mystérieux TAFTA, en clair l'accord commercial de libre échange entre les États-Unis et l'Europe, accord qui se négocie dans l'opacité et le secret le plus total...

L'une des principales tares de ce TAFTA est son caractère fondamentalement anti-démocratique puisque les peuples concernés -là bas aux Etats-Unis, ici en Europe- sont soigneusement tenus à l'écart. Ce huis clos revendiqué par la nomenklatura qui prétend décider de tout, en notre nom cela va de soi et pour notre bien, tombe on ne peut plus mal, au moment historique précis où les peuples, ces maudits peuples qui, dans les démocraties, font et défont les présidents, se méfient désormais de tout transfert de souveraineté. Sans doute ont-ils tort, les peuples, d'être à ce point frileux, mais c'est ainsi. Les grands de ce monde leur proposent un traité de libre échange alors qu'ils ne désirent rien d'autre, les peuples, qu'un retour aux bonnes vieilles frontières, à l'économie nationale, voire même à la consommation locale. Le TAFTA ce n'est pas, ce n'est plus, vraiment tendance. Les Européens n'en veulent pas. Les Américains n'en veulent plus guère... Trump se déchaîne contre et Hillary Clinton n'est guère plus enthousiaste. 

François Hollande semble en avoir pris conscience. Il pourrait même accélérer l'échec de ce 13ème round...

Ça vaut le coup de citer le président de la République car il balaie le projet TAFTA tel qu'il semble se dessiner avec des mots simples et une explication assez limpide. "S'il n'y a pas de réciprocité, s'il n'y a pas de transparence, si pour les agriculteurs il y a danger, si nous n'avons pas accès aux marchés publics américains et si, en revanche, les Etats-Unis peuvent avoir accès à tout ce que l'on fait ici: je ne l'accepterai pas". Un seul chiffre pour montrer à quel point le raisonnement de François Hollande est pour le coup pertinent: les Américains peuvent débarquer sur 85% des marchés publics européens! Les Européens sont autorisés à s'intéresser à 32% des marchés publics américains. 32% contre 85%, en termes savants et diplomatiques, on appelle cela une "réciprocité insuffisante". Plus simplement, les Américains prennent les Européens pour des billes et cherchent à imposer un traité qui leur soit d'abord et avant tout favorable. On peut toutefois espérer qu'aucun leader européen n'acceptera de se coucher dans ce contexte, que ce soit face à Barack Obama d'ici novembre prochain et, ensuite, quel que soit son successeur. 

Mais il y a une accusation plus grave encore: le TAFTA remettrait en cause l'art de vivre à la française...

C'est en effet ce que racontent nos souverainistes de tout poil, qu'ils soient de droite ou de gauche. Ils sont d'ailleurs relayés par un ancien ministre de l'agriculture, désormais candidat et outsider à la primaire de la droite, Bruno Le Maire. A les écouter, à en croire Le Maire, TAFTA LE DIABOLIQUE, TAFTA LE MALEFIQUE, nous contraindrait à ingurgiter du bœuf gonflé aux hormones et des poulets aspergés de chlore. Il y a tout de même suffisamment de bonnes raisons de s'opposer à un traité mal fichu, mal pensé, qui, contrairement à son objectif prioritaire n'ouvrirait pas forcément une nouvelle ère de prospérité des deux côtés de l'Atlantique, pour ne pas raconter n'importe quoi. Non, rassurons-nous, TAFTA n'est pas l'ennemi de la bavette!