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Les électeurs de gauche veulent un chef et de l'ordre

EDITO - Mercredi, Le Monde a publié une étude sur les électeurs de gauche. 76% des hommes et des femmes de gauche estiment que la France a besoin d'un chef pour remettre de l'ordre dans le pays. L'enquête montre que l'électorat socialiste est profondément déçu par François Hollande d'abord, mais aussi par la politique et la démocratie.

Le Monde a publié mercredi une étude sidérante, une étude d'opinion qui remet en cause toutes nos croyances collectives sur la gauche et sur les électeurs de gauche, notamment leur méfiance envers l'ordre et l'autorité.En effet, selon cette enquête, 76% d'entre eux estiment que nous avons "besoin d'un vrai chef en France pour remettre de l'ordre" !

C'est bien d'une révolution culturelle dont il s'agit. Un chef et de l'ordre. De l'ordre et un chef. Ce ne sont pas les électeurs de Nicolas Sarkozy et d'Alain Juppé qui expriment haut et fort, massivement, cette exigence. Jusque récemment, ces deux mots magiques -chef et ordre- appartenaient au vocabulaire du Front National. Voici la preuve que les responsables politiques, les éditorialistes, les sociologues, les philosophes, toute cette France d'en haut, toute cette France bien pensante, s'égaraient et, pire encore, racontaient n'importe quoi à propos des millions de Français qui votent à gauche....

En lisant cette enquête, nous devons constater que les Français de gauche n'ont plus grand chose en commun avec les fameuses valeurs de mai 68...

Plus grand chose, en effet. Au delà même de cet impressionnant appel à l'autorité et à l'ordre, les électeurs de François Mitterrand, de Michel Rocard, de Lionel Jospin, de Ségolène Royal et, surtout de François Hollande, - car c'est bien d'eux dont il s'agit, c'est bien eux qui crient ainsi leur rage et leurs angoisses, ces électeurs de gauche sont eux aussi devenues des déçus de la politique. Des déçus de Hollande, bien sûr, mais avant tout des déçus de la politique et de la démocratie. Ils y croyaient, à la politique, les Français de gauche. Ils n'y croient plus. Ils avaient confiance en leurs responsables politiques. Ils ont perdu cette confiance. Deux chiffres, l'un et l'autre épouvantables, car ils prouvent à quel point la république est malade, atteinte d'une maladie qui ne cesse de la ronger:

• 77% des sympathisants socialistes estiment que les hommes politiques agissent principalement pour leurs intérêts personnel.

• 60% estiment que les élites de la république sont corrompus. 20% de plus quand 2013 lors de la précédente étude.

Et tout cela laisse un goût amer, la certitude qu'une décomposition morale et politique frappe la France toute entière, de l'extrême droite à l'extrême gauche, de la droite républicaine à la gauche démocratique. Ça n'a rien de rassurant.

Mais les principaux clivages droite-gauche sont eux aussi en train de disparaître. C'est l'autre grande leçon de cette étude d'opinion.... 

En économie, vous avez raison, Jean-Jacques. Les électeurs socialistes de plus en plus n'ont eux à se réclamer du libéralisme, à se méfier de l'intervention de l'état. Mais il persiste une double divergence très profonde, et surtout porteuse de conflits, entre Français de droite et de gauche: la place des étrangers dans notre pays; la compatibilité entre l'islam et les valeurs de la république. Là, les oppositions restent marquées, deux visions du monde et de l'avenir: ouverture contre fermeture, accueil plutôt que rétractation. Face à une telle confusion intellectuelle et politique, nous apprécierions si celui qui est en principe le chef de la gauche nous donne son avis. François Hollande est conscient que cette étude est un événement considérable qui marque davantage encore le désamour que le peuple de gauche éprouve à son égard.

Maurice Szafran