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Les Français sont plus monarchistes que les Anglais !

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Aujourd’hui est célébré en Angleterre le mariage du prince William et de Kate Middleton. Pourquoi cet événement mondain intéresse-t-il à ce point les Français ? Tous simplement parce que les Français sont plus monarchistes que les Anglais eux-mêmes.

C’est assez paradoxal que 79% des britanniques affirment qu’ils se moquent de ces épousailles nationales alors que de notre côté de la Manche, c'est-à-dire dans le seul pays qui a guillotiné son roi, on assiste à un déluge d’émissions, d’articles et de débats sur ce qui n’est après tout qu’un (non) événement mondain. C’est fou ce que notre République peut compter d’experts en têtes couronnées et de magazines spécialisés dans le ragot princier. C’est fou aussi que notre pays, qui est secoué depuis des mois de sursauts identitaires et prétendument obsédé par la laïcité, arrive à communier de cette façon dans une cérémonie à la fois religieuse, aristocratique et commerciale. Commerciale parce qu’on dit que l’événement pourrait rapporter au total pas loin de 300 millions d’euros de recettes diverses à la Grande Bretagne, c'est sans doute ce qu’on appelle des « royalties »…

Comment s’explique cet engouement français ?

Deux explications sont possibles. Pour la version basse, c’est l’expression de la passion française pour le « people » ; deux jeunes gens dénués d’intérêt pour nous, qui n’auront aucune influence sur notre vie et ne règneront sans doute même pas dans leur propre pays. Ce joli couple se marie en carrosse et en mondiovision : c’est charmant et inoffensif, c’est du spectacle, c’est plus chic qu’une émission de télé-réalité et c’est divertissant. Cela détourne l’attention des problèmes, des crises et des injustices. Pour la version haute maintenant, cette passion traduit en fait le complexe qu’éprouvent toujours les Français vis-à-vis de la royauté qui se traduit à la fois par l’organisation très aristocratique de notre société (avec ses citadelles, ses baronnies et ses jeux de cour) et par le caractère monarchique de nos institutions et de notre vie politique.

Entre ces deux lectures, faut-il préférer la lecture politique…

Bien sûr. A dire vrai, les deux explications sont compatibles. Le conte de fées de Kate et William peut ravir le bon peuple tout en révélant des aspirations inconscientes. Nous aimons les rois sans pouvoir chez nos voisins ; et nous n’aimons pas que, chez nous, des dirigeants roturiers se prennent pour des monarques mais nous leur donnons infiniment plus de pouvoirs… Pour les Anglais, la monarchie représente la part symbolique du pouvoir, celle qui unit le peuple autour d’une histoire et de valeurs communes. Le pouvoir effectif, séculier appartient au gouvernement qui est lui-même issu du Parlement. C’est cette division des rôles qui donne à la démocratie britannique son équilibre et son efficacité. Alors que dans le modèle français, le président est investi de la double charge exécutive et symbolique. Il est censé être à la fois le prince qui guide son peuple et l’élu qui le représente. Le plus souvent, il n’arrive à être ni l’un ni l’autre.

Est-ce que ce mariage peut avoir des effets politiques en Grande-Bretagne ?

Pas celui de faire oublier la crise qui touche le pays. Le gouvernement de David Cameron a lancé un plan d’austérité sans précédent. Quand la fête sera finie, les Anglais savent qu’ils devront encore se serrer la ceinture. Peut-être que dans la passion française pour ce mariage de conte de fées, il y a aussi le désir d’oublier que demain, chez nous aussi, le carrosse va se changer en citrouille…

Ecoutez «le parti pris» du vendredi 29 avril avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin sur RMC:

Hervé Gattegno