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Les pharmacies de quartier boudées par les repreneurs: "On ne les intéresse pas"

Sur la seule Ile-de-France, vingt fermetures de pharmacies ont été enregistrées depuis le début de l'année. (Photo d'illustration)

Sur la seule Ile-de-France, vingt fermetures de pharmacies ont été enregistrées depuis le début de l'année. (Photo d'illustration) - AFP

TEMOIGNAGE - Entre le 1er janvier et le 1er juillet, cent officines ont mis la clé sous la porte, soit plus d'une fermeture tous les deux jours. En 2014, 151 pharmacies ont définitivement fermé leurs portes en France. En cause, la difficulté à retrouver un repreneur au moment de partir à la retraite.

Les fermetures de pharmacies s'accélèrent. Entre le 1er janvier et le 1er juillet, cent officines ont mis la clé sous la porte, soit plus d'une fermeture tous les deux jours. En 2014, 151 pharmacies ont définitivement fermé leurs portes en France.

Contrairement aux idées reçues, le phénomène ne touche pas que les petites communes rurales. Tous les départements sont concernés. Sur la seule Ile-de-France, vingt fermetures ont été enregistrées depuis le début de l'année.

Pour quelles raisons? Environ 10% des fermetures sont dues à une faillite, mais pour le reste, l’explication tient principalement dans l'impossibilité de trouver un repreneur lorsque le pharmacien part à la retraite.

Couple cherche repreneur depuis trois ans

C’est précisément ce qui arrive à ce couple de pharmaciens, installés dans une petite commune de la région parisienne, que RMC a rencontrés. Ses patients, Amandine, les connaît très bien. Et pour cause: cela fait 38 ans qu'elle travaille dans cette petite pharmacie avec son mari. Mais à 65 ans, ils aimeraient bien tous les deux trouver un repreneur et partir à la retraite. Un repreneur qu’ils recherchent depuis trois ans, en vain.

"J’ai passé des annonces avec des agences spécialisées en officines", indique Amandine. "Toutes ont le même discours: on ne les intéresse pas".

Et pourtant la pharmacie est viable, permettant au couple de se verser un salaire de 3500 euros à deux. Une somme insuffisante pour attirer les jeunes diplômés.

"Les jeunes ne veulent pas travailler de 9h à 20h tous les jours, c’est sûr", estime Amandine.

"Ca nous fend le cœur"

Pour Philippe Gaertner, le président de la fédération des syndicats pharmaceutiques de France, c’est principalement la taille des officines de quartier qui repousse les candidats à la reprise.

"Les jeunes cherchent plutôt à travailler dans des structures plus importantes, pour la notion de travail d’équipe", indique-t-il à RMC. "Des structures où il y a au moins deux pharmaciens, ce qui permet d’échanger sur un certain nombre de cas, de faciliter l’organisation, plutôt que dans des structures de petites tailles. Structures qui peuvent de plus se trouver éloignées, pour des raisons familiales, de centres urbains, de centres scolaires, etc. Tout cela joue de façon importante".

Sans repreneur, Amandine et son mari perdront la valeur de leur fonds de commerce. Soit autour de 300.000 euros. Mais ce n'est pas qu'une question d'argent.

"Ca nous fend le cœur, si l’on peut dire, de devoir laisser un outil de travail comme cela. On n’a pas du tout envie que ça disparaisse. Ce commerce de proximité, c’est important".

Le couple se donne encore un an ou deux pour trouver un repreneur. En cas d'échec, la pharmacie fermera donc définitivement ses portes.

C. P. avec Marie Regnier