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Les syndicats serrent les rangs face au Front national

Marine Le Pen, la présidente du FN. Les syndicats multiplient depuis le début de l'année les incursions sur le terrain politique pour dénoncer les "solutions dangereuses" du Front national sans aller jusqu'à donner de consigne de vote à leurs adhérents. /

Marine Le Pen, la présidente du FN. Les syndicats multiplient depuis le début de l'année les incursions sur le terrain politique pour dénoncer les "solutions dangereuses" du Front national sans aller jusqu'à donner de consigne de vote à leurs adhérents. / - -

Les syndicats multiplient depuis le début de l'année les incursions sur le terrain politique pour dénoncer les «solutions dangereuses» du Front national sans aller jusqu'à donner de consigne de vote à leurs adhérents.

Tout à sa reconquête de l'électorat populaire, la nouvelle présidente du FN, Marine Le Pen, chasse sur les terres syndicales en s'adressant prioritairement aux employés déclassés et aux ouvriers que le gouvernement aurait oubliés.

La CGT et Force ouvrière avaient paré au plus pressé en février en suspendant deux de leurs responsables locaux qui se présentaient aux cantonales sous la bannière frontiste.

"A circonstances exceptionnelles, démarche exceptionnelle", avait souligné Bernard Thibault, le dirigeant de la CGT, dans un courrier adressé à tous les secrétaires fédéraux pour expliquer cette suspension rarissime et dénoncer "l'entrisme" du FN.

Début mars, le numéro deux du parti d'extrême droite, Louis Aliot, a annoncé la création d'un Cercle national de défense des travailleurs syndiqués, qui a envoyé un nouveau signal d'alarme aux centrales traditionnelles.

Dans une déclaration commune adoptée quatre jours avant le premier tour des cantonales, la CFDT, la CGT, la FSU, Solidaires et l'Unsa se disent prêts à combattre "l'instrumentalisation du syndicalisme" par le FN "qui n'est pas un parti comme les autres".

"ALIMENTATION DE LA SOUFFRANCE SOCIALE"

"L'exclusion, le rejet de l'autre, le repli de la France sur elle-même et la fermeture des frontières, la désignation de boucs émissaires, la dénonciation de l'immigration comme responsable de tous les maux sont des attitudes qui, l'histoire en témoigne, ne peuvent conduire qu'au pire", soulignent les cinq syndicats.

Mardi, en marge d'une réunion franco-allemande contre le pacte de compétitivité de la zone euro à Paris, les principaux dirigeants syndicaux ont enfoncé le clou, se gardant toutefois d'appeler à voter contre le FN lors du deuxième tour des cantonales.

"Nous sommes dans notre rôle syndical quand nous disons qu'il n'y a pas de solution dans le repli national ou l'abandon des réponses européennes" au niveau social, a déclaré le numéro deux de la CFDT, Marcel Grignard, interrogé sur d'éventuelles consignes de vote pour dimanche.

Pour Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, le Front national "surfe sur l'insatisfaction sociale" mais il apporte des "solutions approximatives, inadéquates et dangereuses" pour les Français.

"Cela fait plusieurs années que les syndicats font le lien entre l'absence de construction sociale au niveau européen et la promotion des partis xénophobes", a-t-il rappelé.

Luc Bérille, secrétaire général de l'Unsa, a souligné de son côté qu'il y avait toujours danger politique quand il y a "alimentation de la souffrance sociale".

Les résultats du Front national sont à ses yeux la réponse que certains électeurs ont trouvé face à la "promotion de politiques inégalitaires socialement".

Une étude est cependant venue réconforter les dirigeants syndicaux cette semaine après la percée du Front national au premier tour des cantonales, dimanche dernier.

Selon un sondage sortie des urnes Harris Interactive commandée par le mensuel Liaisons sociales, seulement 9% des électeurs se disant "proches d'un syndicat" ont voté dimanche pour un candidat du Front national contre 15% de l'ensemble des votants.

Il y a cependant de fortes disparités selon les syndicats: parmi les sympathisants de la CGT, ils ne sont que 3% à avoir voté pour le parti de Marine Le Pen contre 15% au sein des proches de Force ouvrière.

Au total, 64% des Français se sentant une proximité avec un syndicat ont voté à gauche contre 24% pour la droite.

REUTERS