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Lutte contre la pollution de l'air: Grenoble va expérimenter les restrictions de circulation

A Grenoble, les pics de pollution sont fréquents

A Grenoble, les pics de pollution sont fréquents - JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

REPORTAGE - Pour lutter contre la pollution de l'air, Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, compte mettre en place des restrictions de circulation pour les véhicules les plus polluants lors des pics de pollution, et ce dès le 1er janvier 2016. Mais dès cet automne, plusieurs villes vont en faire l'expérimentation. C'est le cas à Grenoble (Isère) où les autorités misent beaucoup sur ce test.

Comment réduire la pollution de l'air? Alors que selon un rapport parlementaire, la pollution coûterait 100 milliards d'euros par an, Ségolène Royal doit présenter dans les semaines qui viennent son plan d'action. Sa mesure phare doit être la mise en place de restrictions de circulation pour les véhicules les plus polluants lors des pics de pollution, dès le 1er janvier 2016, avec 7 pastilles de couleurs en fonction des émissions de chaque véhicule.

Mais dès cet automne, plusieurs villes vont en faire l'expérimentation, dont Grenoble. Dans la capitale de l'Isère, régulièrement confrontée à des pics de pollution, dès le mois d'octobre, les véhicules construits avant 1997 n'auront plus le droit de circuler en cas de pollution. Et l'efficacité sera immédiate selon Mondane Jactat, adjointe à la Santé à la mairie, interrogée par RMC.

"On ne sait pas faire mieux"

"Au bout de plusieurs jours où les seuils de pollution seront élevés, les véhicules les plus polluants, ceux qui auront les pastilles 7, n'auront pas le droit de circuler, affirme-t-elle. Aujourd'hui, cela représente près de 7% des véhicules et l'on sait que cela diminuera le niveau d'émission de 18%. En termes d'impact sur la santé, on ne sait pas faire mieux que cela".

Et en cas de pics de pollution prolongés, ces restrictions vont s'étendre aux véhicules de plus en plus récents... "Certains jours, les parents, en fonction des niveaux de pollution, ne pourront pas faire circuler les véhicules les plus polluants, qui auront les pastilles 4-5-6, détaille encore Mondane Jactat. Cela correspond à 25% des véhicules du territoire et ce qui diminuerait de 38% les niveaux d'émission".

"S'il faut prendre le tram…"

En contrepartie, les transports en commun seront moins chers, voire gratuit, le stationnement ou le covoiturage sera facilité. Une bonne initiative pour les automobilistes rencontrés. "Moi j'ai une Twingo avec un diesel et je la prends tous les jours pour aller au travail. Donc cela peut effectivement me déranger mais s'il faut prendre le tram ou le vélo, je le ferais car Grenoble est quand même très polluée. C'est une bonne mesure", assure l'un d'eux.

Une autre d'ajouter: "Si les transports en commun sont gratuits. Si ça peut me permettre d'aller où je veux et pour moins cher et avec un bonus pour l'environnement, c'est tout bénef'". Avec 45 jours de pics de pollution en 2013, pour 900.000 déplacements en voiture quotidiens, Grenoble suffoque. Et ce n'est pas la circulation alternée qui aurait changé quelque chose selon Yann Mongaburu, président du syndicat des transports en commun de la ville.

"Il y a d'autres solutions"

"Les pastilles doivent nous permettre de restreindre de la circulation de manière moins radicale et donc moins tardive que la circulation alternée, certifie-t-il. Une fois que l'on a atteint un pic de pollution le plus compliqué est d'en sortir. Il faut donc des mesures qui permettent de sortir de ces pics, de les éviter plutôt que de faire une danse de la pluie en attendant que la météo devienne favorable".

Mais la mesure pourrait impacter les ménages les plus modestes selon Christian Simonetti, président l'Automobile Club Dauphinois: "Le problème c'est que c'est toujours l'automobiliste qui paye. On ne peut pas obliger quelqu'un à acheter une voiture… Il faut qu'ils trouvent d'autres solutions. Il y en a des solutions". A Grenoble, l'expérience va durer au moins un an. Et si en 2017 la qualité de l'air ne s'est pas améliorée, les restrictions de circulation pourraient être renforcées.

Gwénaël Windrestin avec Maxime Ricard