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Lutte contre le terrorisme: "Il faut que quelqu'un fasse le job pour nous en Syrie et en Irak"

Des forces kurdes irakiens prennent part à une opération de l'armée américaine en Irak, le 12 Novembre 2015. (image d'illustration)

Des forces kurdes irakiens prennent part à une opération de l'armée américaine en Irak, le 12 Novembre 2015. (image d'illustration) - AFP

Jacques Poinas, ancien chef de l'unité de coordination antiterroriste et François-Bernard Huyghe, spécialiste de géostratégie à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) étaient les invités de l'édition spéciale d'RMC, pour un éclairage géopolitique.

> Est-ce un terrorisme d'un genre nouveau?

Jacques Poinas: Ce n'est pas véritablement nouveau, je crois que ce qui a surpris c'est que nous avions affaire jusqu'à présent en France à des individus isolés ou à des tout petits groupes. Daesh a été capable d'organiser un groupe et de monter un projet très précis et très organisé sans se faire détecter.

L'enquête révèlera la composition exacte du groupe qui peut-être mixe une base locale et des gens venus de l'extérieur. C'est cette capacité de prévision à moyen terme que l'on n'était pas sûr que Daesh l'ait, malheureusement ils l'ont.

L'affaire de Villejuif et du Thalys auraient pu faire beaucoup plus de victimes. La volonté de tuer n'a pas changé, c'est uniquement une capacité d'organisation qui a été bien supérieure à ce qu'elle a été ces dernières années.

> Comment peut-on interpréter la revendication de l'Etat islamique (qui n'a pas encore été authentifié)?

François-Bernard Huyghe: Le message de l'EI a plusieurs niveaux. Il y a le niveau publicitaire: pouvoir dire "regardez ce qu'on est capables de faire". Deuxième niveau: "vous ne serez désormais plus en sécurité nulle part". C'est un message de guerre.

Troisième message dans le choix des victimes: "vous allez mourir non pas parce que vous êtes policier ou dessinateur mais parce que vous êtes des mécréants". Ils considèrent notre quotidien comme de la débauche.

Et il ne faut pas oublier le message géopolitique à François Hollande vis-à-vis des frappes en Syrie.

> Manuel Valls parle de "guerre", sommes-nous réellement en guerre?

Jacques Poinas: Le terrorisme a toujours été une forme de guerre. C'est la forme de la guerre des gens qui n'ont pas les moyens de faire une guerre classique, c'était déjà vrai pour les Palestiniens.

Ce terme est à la fois vrai et faux. Nous nous disons en guerre mais notre manière de vivre n'est pas celle d'un pays en guerre. Quand on fait référence au passé une vraie guerre implique une vie quotidienne totalement modifiée. Il y a une contradiction.

> Doit-on redéployer l'armée, agir autrement?

François-Bernard Huyghe: Ce n'est pas le job de l'armée. Beaucoup de militaires disent qu'ils n'ont pas les moyens et que ça leur pose des problèmes moraux. Sur le plan extérieur, on peut décider d'intensifier les bombardements aériens mais à l'échelle de la coalition, c'est symbolique.

On ne peut pas envisager sérieusement d'envoyer des soldats français au sol pour combattre Daesh. Aucun pays occidental ne l'envisage et surtout pas les Etats Unis. La dernière option est très simple: il faut que quelqu'un fasse le job pour nous en Syrie et en Irak et ce quelqu'un c'est Bachar El-Assad, les Iraniens, les Chiites les Russes. Je comprends que ça donne des boutons à quelques-uns mais ça s'appelle de la real politik.