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Maltraitance animale à l'abattoir de Mauléon: "On n'est jamais mieux trahis que par les siens"

REPORTAGE - Encore un scandale dans un abattoir français. Une vidéo – récemment filmée en caméra cachée au sein de l’établissement du Pays de Soule – a été mise en ligne ce mardi 29 mars sur la chaîne YouTube de l'association L214. Dans la commune où se trouve l'abattoir, c'est la stupeur et l'incompréhension.

L'association de défense des animaux L214 a diffusé mardi des vidéos montrant des mauvais traitements infligés à des animaux à l'abattoir intercommunal du Pays de Soule, à Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques), et annoncé le dépôt d'une plainte. Animaux visiblement mal étourdis ou brutalisés, moutons saignés alors qu'ils présentent encore des signes de conscience, voire agneau écartelé encore vivant, les deux vidéos publiées par l'association L214 sur son site internet sont particulièrement choquantes, y compris pour le directeur du site, Gérard Clémente.

"Ce n'est pas ce que je leur ai appris"

Celui qui fait ce métier depuis 43 ans est atterré : "Ce n'est pas parce qu'il y a plein d'animaux à abattre qu'il ne faut pas les abattre correctement. Je ne comprends pas... Il y a une éthique, qu'elle soit en abattage ou ailleurs", s'indigne-t-il sur RMC. Depuis, il se pose de nombreuses questions, sans réponse: "Est-ce que c'est la première fois? Est-ce que c'était ponctuel? Je n'en sais rien. Dans quelles circonstances? Quelles sont leurs motivations pour avoir ce type de comportement? En tout cas, ce n'est pas comme ça que j'ai 'élevé' mes collègues. Ce n'est pas ce que je leur ai appris."

"J'ai regardé deux minutes de la vidéo, je n'ai pas pu regarder le reste alors même que je travaille dans la viande depuis 40 ans, confie, écœuré, Gérard Clémente. De savoir que cela se passait à moins de dix mètres de certains postes où j'officie..." Et de s'emporter: "Saigner des agneaux comme ça, dans un abattoir qui a pendant 40 ans refusé l'abattage rituel... De voir qu'un de vos collègues, dans votre dos, saigne un animal sans l'anesthésier, le ciel m'en est tombé sur la tête".

"Nous sommes par terre"

Cette affaire a choqué les salariés, mais également les habitants de la commune et son maire Michel Etchebest: "Il y aurait eu une alerte l'an dernier, il y a deux ans ou cinq ans... Un doute sur maltraitance, mais rien de rien... ". "On a comme clients des coopératives, des éleveurs eux-mêmes qui viennent directement avec leur animal pour le faire abattre et qui reparte ensuite avec la viande découpée et conditionnée sous vide, poursuit-il. Forcément, on tombe des nues. On prend un énorme coup sur la tête".

Alors que le maire a décidé de fermer l’abattoir pour une durée indéterminée et demande des sanctions adéquates envers les auteurs de ces actes, Gérard Clémente, le directeur, réunit ce mercredi matin tous les salariés de l'abattoir pour "discuter". "J'ai mis en place depuis des décennies une gestion collégiale, quasiment familiale, et force est de constater qu'on n'est jamais mieux trahi que par les siens. Ce matin, chacun va s'exprimer et les deux responsables, qui sont déjà mis à pied, vont devoir nous expliquer pourquoi". Et de conclure, désœuvré: "A cause du comportement de deux abrutis, nous sommes par terre".

M.R avec J-W Forquès et J-J Bourdin