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Maltraitances dans une maison de retraite: "Il faut une sanction importante pour les recadrer"

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- - BERTRAND GUAY / AFP

TEMOIGNAGES - En stage dans une maison de retraite de Seine-et-Marne, trois adolescentes ont violenté des résidents et posté leurs vidéos sur le réseau social Snapchat. Interrogées par RMC, les familles des pensionnaires se disent "inquiètes" et en "colère".

Des tapes et des mises en scène "indignes": trois lycéennes sont poursuivies pour des maltraitances sur des pensionnaires d'une maison de retraite de Seine-et-Marne, qu'elles ont filmées lors d'un stage et diffusées sur internet. 3 adolescentes mise en examen en Seine-et-Marne. Au total, les trois adolescentes ont envoyé une trentaine de vidéos de 20 secondes à leurs amis et camarades de classe via l'application de partage de vidéos Snapchat. Alors que cet établissement accueille plusieurs dizaines de pensionnaires, dont certains atteints de la maladie d'Alzheimer, les familles, interrogées par RMC, se montraient très inquiètes.

"Il ne faudrait pas que je rencontre ces trois jeunes filles parce que je crois que je serais très violente, s'emporte Brigitte venue rendre visite à sa mère. Si elles font un stage dans une maison de retraite, c'est qu'elles ont envie d'en faire leur métier. Mais se comporter de cette manière, non… Je pense qu'elles ont besoin d'être punies, que ça leur servent de leçon. Pas aller en prison, il ne faut pas exagérer mais qu'elles aient une sanction assez importante pour les recadrer. Parce que ça, ça n'est pas normal…"

"Je commence à me poser des questions"

"Ma mère m'a dit que ces filles étaient venues s'occuper d'elle cette semaine mais qu'il ne s'était rien passé. Elle connaît les filles en question mais elles ne lui ont rien fait", assure Valérie, venue prendre des nouvelles de sa mère. Et d'ajouter, angoissée: "Maman est handicapée, elle ne voit pas clair. On n'aurait pu lui faire n'importe quoi, elle ne voit même pas les personnes… J'étais tranquille d'avoir mis ma mère ici maintenant je commence à me poser des questions…"

Des questions essentiellement sur l'encadrement car en principe les adolescentes avaient une tutrice. Mais où était-elle lorsque ces lycéennes humiliaient leurs victimes, tout en les filmant? Un manque de personnel qui interroge aussi Daniel, qui, chaque semaine, vient rendre visite à une amie de 88 ans. "C'est vrai qu'ils ont des budgets à respecter mais elle paye quand même 3.390 euros. Pour cette somme, elle a le droit à sa sécurité, son confort, sa considération et au respect de la personne. Elle, à son étage, il n'y a qu'une personne. Je trouve que ce n'est pas assez".

"Toute l'ambiguïté du système actuel"

Un manque de personnel qui fait que durant leurs stages, les lycéennes occupent rapidement le poste d'une auxiliaire de vie selon une ancienne élève de la formation que nous avons contactée. Elles se retrouvent donc seules avec des pensionnaires. Une situation inacceptable pour Joëlle Le Gall, présidente honoraire de la Fédération nationale des associations de personnes âgées et de leurs familles.

"A-t-on la possibilité de laisser aujourd'hui dans un Ephad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, ndlr) d'encadrer des élèves qui viennent pour une formation?, interroge-t-elle. C'est là toute l'ambiguïté du système actuel. Quand on a des stagiaires et que l'on sait que l'on est déjà en sous-effectif de personnel, cela peut contribuer à aider. Mais ce n'est pas le but…"

Maxime Ricard avec Barthélémy Bolo