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Marine Le Pen affole les compteurs en vue de 2012

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Marine Le Pen semble en passe de réussir son pari d'être au second tour de la présidentielle avec des sondages spectaculaires qui suggèrent que le Front national n'a pas simplement changé de prénom mais également d'image.

Lancée à vive allure vers son objectif déclaré, la nouvelle présidente du FN s'imposerait au premier tour dans tous les cas de figure selon une enquête Harris Interactive publiée mardi par le Parisien.

Au-delà des controverses sur la méthodologie employée pour consacrer la fille de Jean-Marie Le Pen reine des sondages, les analystes insistent sur la vague qui la porte vers les sommets.

"Il y a un effet Marine qui n'est plus associée aux images diabolisantes qui étaient attachées à son père", estime François Miquet-Marty, président de l'institut Viavoice.

"Il y a surtout un effet d'exaspération dans l'opinion, le sentiment que les forces politiques traditionnelles n'apportent pas de réponses aux problèmes des gens", ajoute-t-il.

Même si les idées, sur le fond, ne diffèrent pas tant que cela, l'image de Marine Le Pen, jeune femme blonde d'allure contemporaine, diffère largement de celle de son baroudeur de père et fait moins peur, avance Jean-Yves Camus, chercheur spécialiste de l'extrême droite.

"Sans doute une partie de l'électorat qui était rétive au vote pour le Front national du temps de Jean-Marie Le Pen se sent désormais capable de voter pour cette formation dès lors qu'elle est présidée par sa fille", dit-il.

BOULEVARD

L'échec de la droite traditionnelle à résoudre les problèmes de l'emploi et du pouvoir d'achat et la réticence de la gauche à se placer sur le terrain de l'immigration et de l'insécurité offrent en outre à Marine Le Pen un boulevard à deux voies dans lequel elle s'engouffre avec délice.

"Elle exploite une faille à gauche sur les thèses républicaines et une faille à droite sur le terrain social", estime l'analyste Stéphane Rozès, président de la société de conseil Cap. "Elle joue sur les deux tableaux sur fond de droitisation de la société."

Droite et gauche se divisent sur les causes du phénomène et peinent à trouver la réplique appropriée à l'ascension de la nouvelle figure de proue de l'extrême droite.

Tandis que l'UMP reconnaît le problème et l'explique par les inquiétudes des Français dans un contexte anxiogène, la gauche accuse la majorité de jouer avec le feu en chassant sur les terres du FN.

Pour François Hollande, Nicolas Sarkozy cherche à tout prix à échapper à son bilan économique et social "catastrophique".

"Avec le débat sur l'islam, il ne nous prend pas par surprise: on sait qu'il va déplacer le débat sur les questions de société" en vue de la campagne pour la présidentielle, dit le dirigeant socialiste.

François Fillon estime pour sa part que Marine Le Pen bénéficie du dénigrement systématique de Nicolas Sarkozy opéré par la gauche depuis des années.

"Que l'on ait un débat d'idées, c'est normal, mais que depuis quatre ans, jour après jour, avec une violence extrême, le Parti socialiste dénigre le président de la République en employant des formules dont les plus récentes sont absolument odieuses, cela a aussi une conséquence sur le débat politique", a déclaré lundi le Premier ministre.

PARI RISQUÉ

Pour Stéphane Rozès, Nicolas Sarkozy a placé la barre fermement à droite avec une intention précise.

L'analyste n'hésite pas à évoquer "une logique et une dynamique du 21 avril", autrement dit la volonté du chef de l'Etat de faire monter Marine Le Pen dans l'opinion dans l'espoir de se retrouver face à elle au second tour en 2012, comme son père en 2002 face à Jacques Chirac.

"Cette stratégie est celle d'un conseiller du président, Patrick Buisson, qui veut déplacer le débat des questions économiques et sociales, sur lesquelles la gauche a un avantage, pour l'ancrer sur les questions identitaires et culturelles, sur lesquelles la gauche n'est pas au clair", dit-il.

Un pari risqué, que pourrait compliquer la présence de candidats centristes et qui pourrait déboucher au contraire sur un "21 avril à l'envers," autrement dit un duel au second tour entre Marine Le Pen et un candidat socialiste.

Le sort de Lionel Jospin, qui avait échoué à passer le premier tour en 2002 pour laisser Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen en découdre au second, est dans toutes les têtes.

Le président sortant comme ses adversaires ont encore le temps, cependant, de concocter leurs antidotes et envisager déjà un nouveau 2002 apparaît prématuré.

"Je pense que ça n'a pas grand-chose a voir," souligne Paul Bacot, professeur à l'Institut d'études politiques de Lyon. "On ne peut pas comparer une situation 14 mois avant et une situation une heure après."

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