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Meurtre de Julien Videlaine: "brisée", sa famille "demande audience à François Hollande"

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TEMOIGNAGE RMC - Julien Videlaine, 19 ans, a été tué de 18 coups de couteau le 24 juillet 2014 à Nogent-sur-Oise. Alors que son meurtrier présumé a fui la France quelques jours plus tard et se trouverait actuellement en Turquie, ce jeudi, sur RMC, près de 15 mois après les faits, le père de Julien sort du silence et en appelle aux autorités françaises.

Le témoignage d'un père en colère ce jeudi sur RMC. Le 24 juillet 2014, Julien Videlaine, 19 ans, est massacré de dix-huit coups de couteau à Nogent-sur-Oise (Oise), par le père de sa petite amie de l'époque. Il aurait surpris le couple dans la salle de bains de son domicile. Pendant que sa fille filait dans sa chambre pour se rhabiller, le père a enfermé Julien dans la salle de bains. A l'époque, sur les réseaux sociaux, la famille du suspect a justifié l'horreur, évoquant un "crime d'honneur".

"Rien ne bouge"

Car, selon eux, le couple vivait une histoire "interdite". La famille de la fille, d'origine kurde, n'acceptait en effet pas cette relation avec Julien, d'origine franco-algérienne et militaire à la base aérienne 110 de Creil. Quelques jours après les faits, l'assassin présumé, Muhittin Ulug, 45 ans, a fui la France. Ainsi, depuis plus d’un an, la ville de Batman, au cœur du Kurdistan turc, abriterait ce suspect en fuite. Mais en dépit d’un mandat d’arrêt européen effectif depuis septembre 2014, il court toujours.

Plus d'un an après les faits, lassé d'attendre l'arrestation du meurtrier de son fils, Claude Videlaine, le père de Julien, témoigne sur RMC. Il a le sentiment que l'enquête n'avance pas alors même qu'une source proche de l'enquête le confirme: les autorités française et turque savent que le suspect se trouve à Batman. "Rien ne bouge, regrette-t-il. Ce monsieur est là-bas, chez lui, tranquille. Il fait plus ou moins ce qu'il veut alors que nous, nous sommes brisés depuis 15 mois". 

"Je veux un procès"

Il y a un an, le père de Julien a donc envoyé des courriers à l'Elysée et aux ministères de l'Intérieur, des Affaires étrangères et de la Justice. Résultat de toutes ces démarches: un juge de liaison chargé de cette affaire a été installé à Ankara. Mais à ce jour, Claude Videlaine n'a aucun retour. C'est pourquoi il demande aujourd'hui à être reçu à l'Elysée, pour que la France fasse pression sur les autorités turques, et qu'elles arrêtent le suspect.

"Ce que je veux, c'est que la France bouge, appelle les autorités turques. Je veux un procès, avec un accusé. Je veux pouvoir le voir dans les yeux, lui dire ce que je pense réellement, ce qu'il nous fait subir, ce qu'il m'a enlevé. Il nous a brisés… J'espère donc que les autorités françaises vont réellement bouger". Et de s'adresser directement à François Hollande: "Je lui demande une audience. Qu'il me dise ce qu'il peut faire, ce que la France peut faire réellement vis-à-vis de la Turquie".

"Je ne ferai jamais mon deuil"

Au-delà de la lenteur de l'enquête, comment la famille traverse cette épreuve? "Cela fait quinze mois que je ne dors plus, assure Claude Videlaine. Je pense tous les jours à mon fils… Lui (le suspect), il vit comme ça tranquillement, avec ça sur la conscience… (silence) Mon deuil? Je ne ferai jamais mon deuil. Ma vie est brisée… On m'a enlevé mon enfant… Mon fils avait plein de projets. Il voulait avoir des enfants…"

Et, au bord des larmes, de décrire un quotidien d'errance: "Tous les matins, il faut trouver une raison pour se lever. Et une fois sortis du boulot, on retombe dans le deuil, la douleur… Tous les jours, des souvenirs me reviennent… Les fêtes de Noël approchent mais pour nous il n'y a plus Noël, il n'y a plus rien. Je vous le dis, il nous a brisés…"

Maxime Ricard avec Benjamin Smadja