RMC

Mort après avoir bu 56 shooters: le patron du bar responsable?

En octobre dernier, à Clermont-Ferrand, un homme est décédé après avoir bu 56 shooters, dont 30 en une minute. (Photo d'illustration)

En octobre dernier, à Clermont-Ferrand, un homme est décédé après avoir bu 56 shooters, dont 30 en une minute. (Photo d'illustration) - Frank Perry - AFP

Le procès d'un gérant d'un bar de Clermont-Ferrand s'ouvre ce lundi devant le tribunal correctionnel. Un de ses clients est décédé en octobre dernier après avoir bu 56 shooters, soit plus d'un litre d'alcool fort, afin de battre le record de l'établissement. Le gérant est poursuivi pour "homicide involontaire par manquement délibéré".

C'est un concours malsain qui lui a coûté la vie. Un homme de 57 ans a avalé 56 shooters, ces petits verres d'alcool fort, lors d'une soirée dans un bar, dont 30 en à peine une minute. 56 shooters de 2 cl chacun, cela représente au total plus d'un litre d'alcool. Sa fille et des amis qui l'accompagnaient ce soir-là l'ont ramené chez lui, mais dans la nuit il a fait un arrêt cardiaque. Transporté d'urgence au CHU il est mort le lendemain. Cela s'est passé en octobre dernier. Ce lundi, le procès du gérant du bar, "le Starter", s'ouvre devant le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand. Il est poursuivi pour "homicide involontaire par manquement délibéré".

"On ne peut pas être derrière chaque client"

Le jour du drame, une grande ardoise au-dessus du comptoir affiche "record de shooter bus en une soirée: 55". L'avocat du patron, Renaud Portejoie, reconnaît que "c'est une erreur", mais explique que "personne n'a forcé le client à relever le défi". Ce soir-là l’homme de 57 ans commence par boire 14 shooters, puis il décide de s'attaquer au record et avale 30 verres supplémentaires en une minute. Selon la fille de la victime, le gérant lui aurait alors soufflé "plus que 12".

Faux, rétorque l'avocat du patron. Il lui aurait au contraire conseillé d'arrêter. "Il a prévenu le client qu'il fallait arrêter, assure Renaud Portejoie sur RMC. Il a proposé d'appeler les secours quand le malaise est intervenu… On ne peut pas non plus, quand on est patron d'un établissement, lorsqu'il y a une commande qui est passée, vérifier qui boit quoi. On ne peut pas être derrière chaque client. Il y a une responsabilité des clients et de leur entourage'".

"On ne lui a laissé aucune chance"

Mais selon Antoine Portal, l'avocat de la fille de la victime, l'attitude du gérant a joué dans la mort de la victime: "Le gérant a resservi au moins à deux reprises le père de ma cliente alors que ce dernier n'était pas en état de comprendre ce qu'il faisait. Une première fois en lui proposant 30 shooters, et ultérieurement il y a eu 12 shooters de plus qui ont été servis. On ne sait pas s'il serait encore en vie s'il n'avait pas bu ces 12 shooters, mais en tout cas, en lui faisant consommer ces 12 derniers, on ne lui a laissé aucune chance". Pour Antoine Portal, "c'est une incitation à la consommation. C'est une faute qui est gravissime pour un gérant de débit de boisson".

Philippe Gril avec Gaëtan Delafolie