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Mort de Bernard Madoff: comment il est devenu le plus grand voleur de l'histoire de la finance

EXPLIQUEZ-NOUS - Bernard Madoff est mort mercredi dans sa prison américaine. On l’avait surnommé "l’escroc du siècle" après avoir mis en place la plus vaste pyramide de Ponzi de l’histoire.

C’est vieux comme le monde, c’est extrêmement simple et c’est pour cela que c’est redoutablement efficace. On appelle aussi cela une cavalerie. Cela consiste à promettre a des épargnants de confortables intérêts et à leur verser... dans un premier temps. Cette bonne affaire attire de nouveaux clients, et leur argent sert à payer les premiers. C'est une course en avant. Ça marche jusqu’au jour où la pyramide s’effondre lorsque trop d'investisseurs demandent en même temps à récupérer leurs mises.

Charles de Ponzi a donné son nom au système. C’est un immigré italien aux Etats-Unis qui avait escroqué 40.000 gogos dans les années 1920 à Boston. Il avait pris la fuite en Amérique du sud et il se décrivait comme un artiste de l’escroquerie.

Mais Madoff a surpassé Ponzi

Si Ponzi était un artiste, alors Madoff était un génie ! C’était un banquier respecté à New-York, parti de rien, devenu un roi de la finance. Les plus grandes fortunes américaines voulaient lui confier leur argent parce qu’il promettait des intérêts réguliers: 10,5% net.

Il fallait être pistonné pour avoir le droit d’investir dans son fonds. Le ticket d'entrée était à un million de dollars. Et en réalité Madoff ne plaçait pas un centime en bourse, l’argent qui entrait servait entièrement à payer les clients précédents.

L’escroquerie a duré plus de 20 ans, les organismes de contrôle n’ont rien vu. Les plus grandes banques et entreprises se sont fait avoir, la BNP, le CIC, Axa pour ne parler que des françaises.

Finalement, le château de cartes s’est écroulé lors de la crise financière de 2008. Parce que trop de clients ont voulu retirer leur argent. Madoff voyant qu’il ne pouvait plus mentir a prévenu ses deux fils en leur disant: "Je suis foutu, toutes mes activités ne sont qu’une vaste fraude". Le lendemain, ses fils sont allés le dénoncer à la police.

Le financier a été condamné à 150 ans de prison. Il a suscité une haine dont on n'a pas idée. Teinté parfois d’antisémitisme parce qu’il était juif. Les Américains ne lui ont jamais pardonné d’avoir aussi escroqué et ruiné de très nombreuses associations caritatives.

C’est pour cela que toutes ses demandes de remise en liberté ont été refusées malgré ses problèmes de santé. Il est mort en prison à 82 ans. Et ce jeudi matin, un grand journal populaire de New York, le New York Post titre: "Brûle Bernie, Brûle". Brûle en enfer. Rien ne lui a été pardonné.

Madoff est devenu un nom commun

Dans le monde entier, la presse annonce régulièrement l’arrestation que l’on appelle des “Madoff", parce qu’il pratique la cavalerie. Le "Madoff anglais", le "Madoff brésilien". Chez nous celui que l’on a qualifié de "Madoff français", s’appelle Gérard Lhéritier.

C’est un collectionneur de manuscrits qui a ouvert à Paris le plus grand musée d'Europe consacré aux documents qu’il a acquis. Des manuscrits de Napoléon, de Gaulle, Einstein, Mozart…

Il proposait à de petits épargnants d’investir et d'acquérir des parts de documents historiques, et de toucher des intérêts puisque le marché du manuscrits était en hausse constante.

En 2014, il a été soupçonné de pratiquer une cavalerie. Il a été mis en examen. Ses 13.000 documents ont été confisqués. Son musée a fermé. Son hôtel particulier à Paris, ses quatre maisons dans la région de Nice sont saisis. Ses comptes en banques bloqués, ceux de ses enfants aussi.

Et il y avait beaucoup d'argent sur ces comptes pour une raison simple: Gérard Lhéritier a aussi la particularité d’avoir gagné 170 millions à l’Euromillions. Le plus gros gain français du loto à l’époque.

Et finalement ? Rien. Six ans d’instructions, deux juges qui se sont succédés et toujours pas de renvoi devant un tribunal. Gérard Lhéritier a été déshonoré, ruiné mais jamais condamné.

Récemment un livre-enquête de la journaliste Isabelle Horlans et de l'écrivain prix Goncourt Didier Van Cauwelaert le présente comme accusé à tort. Victime d’un scandale judiciaire. Le "Madoff français" n’est peut-être pas un Madoff.

En revanche sur l’américain, il n’y a pas de doute. Bernard Madoff était bien le plus grand voleur de l’histoire de la finance.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)