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MoryGlobal: "Certainement que l'Etat est complice de la liquidation"

Les salariés de MoryGlobal sont en colère

Les salariés de MoryGlobal sont en colère - AFP

La justice examine mardi la demande de liquidation de MoryGlobal (ex-Mory Ducros). En l'absence de projet de reprise, les 2 150 salariés seront prochainement licenciés pour motifs économiques. Face à cette situation, ils oscillent entre colère et résignation.

Les Mory, c'est vraiment fini... Après la faillite de Mory Ducros il y a tout juste un an, le tribunal de commerce de Bobigny va examiner ce mardi le sort de MoryGlobal. La société de messagerie a été placée en redressement judiciaire le 10 février dernier avec une période d'observation de six mois. Le transporteur n'ayant reçu aucune offre de reprise sérieuse, sa liquidation judiciaire est probable et avec le licenciement de ses 2 150 salariés.

Si plusieurs opérations escargots ont eu lieu lundi un peu partout en France, à Rennes, Nantes, Angers ou encore à Lyon notamment, les chauffeurs ne se font guère d'illusion sur le sort de l'entreprise : les camions au logo noir et vert ne circuleront plus sur les routes. Du gâchis pour Yoann, responsable des tournées sur Grenoble depuis 10 ans.

"Il y a du dégoût"

"J'ai fait partie de la première vague de licenciement l'an dernier. Quand on m'a rappelé, j'y ai cru car il y avait du boulot, les clients sont toujours restés fidèles. C'est ça qui est terrible. On a donc le sentiment d'avoir été floué. Il y a du dégoût", explique-t-il à RMC. Pour rappel, l'an dernier, après le premier plan social, c'est le même actionnaire, Arcole Industries, qui avait repris l'entreprise. Mais selon Valérie, salariée à Saint-Etienne, les dés étaient en réalité déjà jetés depuis bien longtemps.

"Bizarrement c'est à la même époque et l'an dernier il y avait déjà des élections. Je pense donc que, dans le paysage social, 5 000 personnes à la porte au moment des élections cela faisait vilain. Ils ont donc certainement préféré faire en deux fois. C'est écœurant !", s'emporte-t-elle dans Bourdin Direct. Thierry Lombard, chauffeur depuis 30 ans pour Mory et responsable CFDT, s'interroge aussi sur cette reprise par Arcole Industries "Est-ce que c'est légal que celui qui nous a mis dans les ennuis soit celui qui nous reprend pour nous remettre dans les ennuis?"

"On pouvait encore redresser la situation"

Avant d'estimer: "On pense que l'Etat était un peu complice dans cette histoire. Arnaud Montebourg à l'époque ne voulait certainement pas qu'il y ait 5 000 licenciements en une seule fois. Il a donc laissé Arcole Industries reprendre l'entreprise et l'Etat a même donné de l'argent et puis voilà où on en est. Ils ont fait 5 000 licenciements sur deux ans au lieu de 5 000 en une fois".

Pour Bruno, 29 ans d'ancienneté en tant que chauffeur à Valence (Drôme), ce plan social est celui de trop: "Aujourd'hui il y a beaucoup de tristesse. De voir ça s'arrêter aujourd'hui… C'est du gâchis parce que l'actionnaire n'a pas fait ce qu'il fallait pour que ça continue. Je pense qu'on pouvait encore redresser la situation". Il considère lui aussi que "c'était déjà, tout prévu, programmé. Ça a été fait en deux fois pour mieux faire passer la pilule". Dès lors, "certainement que l'Etat est complice de cette liquidation. C'est en tout cas le sentiment de tout le monde".

Maxime Ricard avec Gwenaël Windrestin