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N'enterrons pas trop vite Eva Joly

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Eva Joly a écrit hier à François Hollande, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon pour leur proposer de réfléchir ensemble à une réforme de la zone euro. C’est une initiative qui peut sembler anecdotique ou vouée à l’échec mais on peut y voir un indice. Mon parti pris : n’enterrons pas Eva Joly !

Cette lettre, c’est en quelque sorte la preuve qu’elle n’a pas dit son dernier mot. Et puisqu’on a critiqué ses difficultés à l’oral, elle réplique à l’écrit. Ce qui est intéressant, surtout, c’est qu’elle montre qu’elle est capable de reprendre la main et de tenter des coups. Au départ, c’est Daniel Cohn-Bendit qui, dimanche soir sur France 2, a imaginé une « union des intelligences » pour surmonter la crise européenne. Et bien, elle lui a piqué l’idée – avec cette différence qu’elle refuse, elle, d’inclure Nicolas Sarkozy dans la discussion. Elle fait d’une pierre deux coups : à ceux qui la disent « réac », elle prouve qu’elle est réactive ; et à ceux qui la décrivent prisonnière de son parti, elle montre qu’elle a sa propre ligne, son indépendance.

Une tentative de rassemblement qui n'a aucune chance d’aboutir?

Bien sûr. Mais ce n’est, en fait, pas le vrai but de la démarche. Son idée, c’est de réinstaller au milieu des opposants à Nicolas Sarkozy comme une force de proposition, au moment où la campagne de François Hollande patine toujours, où Jean-Luc Mélenchon plafonne et où François Bayrou plastronne. Elle s’est appropriée, ce week-end, le programme des Verts – à commencer par les 32 heures et les 1 million d’emplois dans « l’économie verte » – ce qui la positionne très à gauche, assez loin du fatalisme AAA du PS. En même temps, elle met en avant un projet européen basé sur ses thèmes de prédilection, qui sont la justice sociale et la lutte contre la corruption. Ce n’est pas d’une originalité folle mais c’est assez fédérateur. Et ça condamne ceux qui ne saisiront pas sa main tendue à passer pour des diviseurs – ou en tout cas des adversaires de l’union.

Autrement dit : Éva Joly apprend à jouer tactique. Mais est-ce qu’elle progresse dans son rapport à l’opinion ?

Pour l’instant, elle est surtout l’image d’un vrai paradoxe. Son personnage de femme du Nord, intraitable et rigoureuse – rigoriste, même – s’enracine, devient une marque de fabrique ; mais elle a perdu beaucoup de terrain dans les sondages. Elle oscille entre 3 % et 5 %. C’est peu mais après tout, Dominique Voynet n’a fait que 1,5 % des voix en 2007 et Noël Mamère, 5,2 % en 2002, ce qui reste le meilleur score d’un écologiste à la présidentielle. Le pari d’Éva Joly, c’est que sa ténacité, son opiniâtreté – notamment sur la sortie du nucléaire – finiront par payer. Et que plus la direction des verts affichera son désintérêt pour sa candidature, plus elle aura de chances de progresser.

L’appareil des Verts sabote-t-il sa candidature ?

On n’en est pas encore là mais il est manifeste qu’il y a au moins un désintérêt, sans doute un agacement autour de la candidate. La vérité, c’est que Cécile Duflot et ses proches n’en reviennent toujours pas d’avoir réussi à extorquer une soixantaine d’investitures au PS pour les législatives – et que depuis, la campagne présidentielle a perdu beaucoup de son intérêt pour eux. Non seulement Éva Joly l’a compris, mais elle veut aussi s’en faire un atout – un peu comme Ségolène Royal l’avait fait en 2007 avec le PS. Pour ça, elle n’a pas d’autre choix que de multiplier les coups, quitte à paraître désordonnée. Vous allez voir : elle va être de plus en plus verte et de moins en moins tendre.

Écoutez le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce mardi en podcast.

Hervé Gattegno