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Nicolas Baverez: "On a voulu gérer ce nouveau monde avec les structures de l'ancien temps"

Selon l'économiste et historien Nicolas Baverez, 2017 sera une année clé pour la France. Le pays devra à tout prix débloquer son système politique et entreprendre des réformes de fond pour ne pas sombrer dans de graves crises politique et sociale.

Vous sortez ce jeudi votre livre "Danser sur un volcan". Qu'est-ce que ce volcan?

C'est le volcan de l'histoire s'est remis en route, on le croyait éteint mais c'est tout l'inverse. Nous voyons tout autour de nous des chocs qui se multiplient et qui laissent les démocraties paralysées.

Il suffit de regarder la montée de l'état islamique, le choc des migrants, les attentats qui se sont multipliés le Grexit, le Brexit, les cracks 2008, l'euro, la Chine et la montée de l'uberisation de l'économie. Tout ça ce sont des ruptures, des événements qui sont des disruptions.

Tout se brise aujourd'hui: les sociétés, les états, les idées?

Oui, et les deux structures qu'on avait inventées pour gérer cette histoire, d'un côté l'Occident qui a perdu la main sur le capitalisme mondial avec la montée des pays émergents et il y avait les Etats. Et les Etats sont désarmés face à ces risques globaux: un des exemples que l'on voit aujourd'hui c'est l'Europe face aux migrants.

On n'a pas pu s'adapter?

On a commis une énorme erreur politique et intellectuelle en croyant que l'histoire était finie et que la prospérité et la paix allaient s'installer naturellement. Or, c'est tout l'inverse.

On ne sait donc pas tirer les leçons de l'Histoire?

On a voulu gérer ce nouveau monde avec les structures et les mœurs de l'ancien temps. Les démocraties se retrouvent dans une position extrêmement difficile car elles sont confrontées à la déflation, à la crise des classes moyennes –qui sont leur socle politique-, à la montée des populismes –il suffit de regarder Donald Trump aux Etats-Unis-, et puis à cette double menace intérieure et extérieure, d'un côté le réveil des empires –par exemple la Russie- de l'autre côté le risque terroriste.

Vous citez Churchill qui disait "il faut prendre l'événement par la main avant qu'il ne nous saisisse par la gorge". C'est ce qui est en train de se passer?

C'est ce qui est en train de se passer et avec un énorme écart entre cette histoire qui s'est réveillée et la vitesse et la violence des chocs et de l'autre côté la paralysie des politiques. C'est pour cela qu'il faut arriver à se remettre à agir, il faut arriver à donner plus d'élan aux sociétés qui nourrissent l'innovation, il faut réformer les états et il faut coopérer.

Ce qu'il se passe aujourd'hui par exemple avec le Brexit c'est un contresens historique énorme que de voir l'Europe se fragmenter alors qu'elle affronte ces nouveaux risques.

2017, vous dites que c'est notre dernière chance, pourquoi?

La France est un cas clinique car dans ce monde-là. Il faut s'adapter ou alors se trouver marginalisé et en grande difficulté. Notre pays est un cas clinique car on sait maintenant qu'il est en déclin accéléré, les remèdes sont connus: la production, la réforme du marché du travail, la baisse des dépenses publiques, le fait d'arriver à réintégrer les jeunes et les immigrés.

En face il y a un système politique complètement bloqué qui n'arrive pas à faire ces réformes. Donc 2017, c'est la dernière chance de réformer notre pays sinon on va tomber sur la phrase de Gaulle "La France est un pays qui ne fait des réformes qu'à l'occasion des révolutions". Si nous continuons à échouer à faire des réformes, nous irons vers des formes de violence politique et sociale.