RMC

Nicolas Sarkozy est redevenu Nicolas Sarkozy

EDITO - Stop aux phrases assassines et aux sorties dérapées, c'est ce qu'avait promis Nicolas Sarkozy dans son récent livre "La France pour la vie". Pourtant ce mardi, lors d'une réunion électorale à Nice, il s'en est pris aux participants de Nuit debout. Pour Maurice Szafran, "le cogneur de la politique française fait son grand retour". Ce retour à la provocation sera-t-il efficace sur le plan politique ?

Dans son récent livre "La France pour la vie" Nicolas Sarkozy avait promis: plus de petites phrases assassines; finies, les attaques tous azimuts. L'ex-président n'aura pas tenu bien longtemps. Sarkozy est redevenu Sarkozy...

A Nice, ce mardi, ce fut en effet un feu d'artifice de formules meurtrières. Nicolas Sarkozy tout feu tout flamme. Nicolas Sarkozy au meilleur de sa forme, griffant ici, giflant là. Le grand retour du meilleur cogneur de la politique française. En priorité, actualité oblige, les médias ont voulu retenir sa charge contre les militants de "Nuit Debout". "Nous ne pouvons pas accepter que des gens qui n'ont rien dans le cerveau viennent sur la place de la République donner des leçons à la démocratie française". Passons sur le vocabulaire. "Ces gens qui n'ont rien dans le cerveau" nous fait bien sûr irrésistiblement penser au "Casse toi alors, pov'con", d'un cultissime salon de l'agriculture. On peut émettre bien des réserves au sujet des "Nuits Debout", et c'est mon cas. On peut estimer qu'aussi jeunes soient-ils, elles sont l'expression d'un vieux gauchisme sénile, et c'est mon cas. Mais Nicolas Sarkozy s'est égaré.

Il s'est sans doute laissé emporter par la chaleur du meeting et de la Côte d'Azur: même "des gens qui n'ont rien dans le cerveau", selon la formule fleurie de l'ex-président, ont le droit dans une république, dans une démocratie, de manifester, d'occuper, de parler, de dire et de répéter sur tous les tons un flot de stupidités. C'est cela la liberté d'expression. Nicolas Sarkozy en use et parfois même en abuse. Pourquoi les "Nuits Debout" ne bénéficieraient-ils pas eux aussi du même privilège?

Ils n'ont d'ailleurs pas été les seuls à subir la vindicte de Nicolas Sarkozy...

Ah que non! Le président des Républicains a tout mélangé pour mieux cogner. Les lycéens et les mosquées. Les syndicats et les étrangers en situation irrégulière. Tous ceux qui s'en prendraient à l'identité de la France. Chaud bouillant, Nicolas Sarkozy. Hâbleur quand, sans prendre la peine de citer son nom, il défie et menace Alain Juppé, son rival pour la primaire de la droite: "Croyez-moi, je n'ai pas l'habitude d'être en retard". Mais ce retour à la provocation sera-t-il seulement efficace sur le terrain politique? Nicolas Sarkozy en tirera-t-il le moindre bénéfice dans la prochaine salve de sondages, lui qui est aujourd'hui très bas, loin derrière Juppé, talonné par Bruno Le Maire?

Mais, précisément, il n'a plus le choix, Nicolas Sarkozy. Il lui faut se démarquer pour espérer rebondir et ainsi retrouver du crédit auprès des électeurs de droite...

Se démarquer, absolument, c'est même un impératif pour lui. Mais se démarquer, ce n'est pas copier. Se démarquer, ce n'est pas reprendre les mots et les idées des autres. Il faut relire attentivement ce discours de Nice. Il faut le constater , sans aucun plaisir particulier: Marine Le Pen aurait pu tenir les mêmes propos, à la virgule près. Nicolas Sarkozy est certes plus gouailleur que la présidente du Front National. On eût apprécier trouver d'autres différences.

Maurice Szafran