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Nina, ancienne prostituée: "J'organisais mes propres sex-tours"

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- - BERTRAND LANGLOIS / AFP

Alors qu'une proposition de loi renforçant la lutte contre la prostitution est débattue ce vendredi en seconde lecture à l'Assemblée, Nina, ancienne prostituée, est venue témoigner sur RMC d'un phénomène nouveau en France: les "sex-tours".

Arrivé en France au début des années 2000, le phénomène des "sex-tours" prend de plus en plus de prendre d'ampleur. Gérés par des réseaux internationaux le plus souvent, ces "sex-tours" consistent à déplacer des prostituées dans toute la France, au gré de circuits organisés notamment par le biais d'Internet. Pour rester dans la légalité, les annonces vantent les talents de "masseuse" de jeunes femmes "de passage" dans des villes de province. Et le système est organisé dans les moindres détails. Réservation d'hôtels ou d'appartements, prise de rendez-vous avec les clients, gestion des agendas des filles: les proxénètes se chargent de tout.

"On s'entendait sur le tarif, la durée et voilà…"

Ce vendredi, Nina, fidèle auditrice de RMC, a appelé le 3216 pour raconter les coulisses de ces "sex-tours". Ancienne prostituée, désormais intérimaire, Nina organisait, en effet, en 2007, ses propres "sex-tours". "Je déposais une annonce sur Internet, je réservais un hôtel, j'achetais un abonnement de portable et j'avais plus qu'à attendre les appels et recevoir les clients. C'était un peu comme des rencontres de la vie de tous les jours sauf que l'on s'entendait sur le tarif, la durée et voilà", explique-t-elle très simplement.

Sans intermédiaire extérieur ni proxénète au-dessus d'elle, Nina gérait ses "sex-tours" comme bon lui semblait. "Je me concentrais essentiellement sur le Sud de la France et la Suisse. Au départ, je restais une semaine dans chaque ville et après seulement quelques jours. Quand je voyais que cela ne me plaisait pas trop, je partais. J'étais libre", avoue-t-elle en toute franchise. Les passes se faisaient dans des "hôtels plutôt corrects" et "régulièrement je voyais d'autres filles qui faisaient le même genre de travail que moi", assure-t-elle encore dans Bourdin Direct.

"J'ai fait ça parce que je galérais"

Combien de clients rencontrait-elle en moyenne par jour? "Cela dépend. En Suisse, je gagnais plus qu'en France. Mais c'est vraiment très fluctuant. Certaines journées, je pouvais faire jusqu'à 1 000 euros et d'autres zéro euro", se souvient Nina. Au passage, cette ancienne prostituée veut tordre le coup à certaines rumeurs: "Cela me fait rire quand j'entends que l'on gagne 10 000 euros par mois. Parce que quand vous avez retiré les annonces payantes, les frais de transports et d'hôtels, je peux vous assurer qu'il ne vous reste pas 10 000 euros par mois. Si vous avez déjà 4 000 ou 5 000 euros c'est déjà pas mal".

Si elle avoue "ne jamais avoir eu de clients violents" ("quelques petits rigolos parfois que l'on recadre ou que l'on met directement à la porte"), Nina revient ensuite sur les raisons qui l'ont poussée à se prostituer: "J'ai fait ça parce que je galérais. Je vivais chez mes parents et j'en avais ras-le-bol. Avec ce que je gagnais dans les assurances, je ne pouvais pas me payer de loyer. Pourtant je suis diplômée, j'ai un Bac +2 mais avec ce que je gagnais, le Smic, je n'arrivais pas à me loger. C'était donc un moyen de payer mes factures".

"Cela touche tous les profils"

Ses proches étaient-ils au courant de ses agissements? "Personne ne le sait, certifie-t-elle. Mes parents me voyaient partir mais j'avais toujours une excuse valable. Ensuite, avec l'argent que je gagnais je ne flambais pas. Je payais ce que j'avais à payer et le reste je l'épargnais. J'avais un train de vie tout à fait normal ce qui n'éveillait pas les soupçons de ma famille". Et pour quelles raisons a-t-elle arrêté ses "sex-tours"? "Parce que les conditions se sont dégradées, révèle-t-elle. La concurrence, venue de l'Est essentiellement, a été de plus en plus importante. Les tarifs, c'était devenu n'importe quoi. Pour moi, ce n'était plus du travail, cela devenait n'importe quoi donc j'en ai profité pour arrêter".

Y avait-il une part de plaisir? "Non pas spécialement. Le plaisir c'est surtout quand j'avais l'argent, dit-elle en riant. A la fin du mois je pouvais m'acheter ce que je voulais et ça c'était mon plaisir". Pour autant, Nina assure "ne rien regretter. Si c'était à refaire, je le referais. Et je le referais peut-être un jour car je travaillais dans de très bonnes conditions, je n'étais pas exploitée, indépendante." Au cours de sa "carrière", cette ancienne prostituée certifie avoir vu beaucoup de filles dans la même situation qu'elle: "Cela touche tous les profils, les mères au foyer, les étudiantes, les Françaises, les Marocaines, les Latines… Il y en a énormément, j'hallucinais. J'ai même vu des banquières faire ça".