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Nucléaire: d'anciens militaires réclament la reconnaissance de leurs maladies

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Entre 1972 et 1997, des militaires ont travaillé au contact de têtes nucléaires dans la base sous-marine de l'île Longue près de Brest. Certains d'entre eux réclament la prise en charge de leurs maladies qu'ils estiment liées au nucléaire.

Cela fait des années qu'ils se battent pour que leurs maladies soient reconnues. D'anciens militaires, qui ont travaillé pendant des années au contact de missiles nucléaires, sont convaincus que le nucléaire est à l'origine de leurs maladies. Ils ont développé des cancers, mais aussi des maladies des os et des troubles de la fertilité.

Entre 1972 et 1997, ces militaires ont entretenus des têtes nucléaires à la base sous-marine de l'île Longue, près de Brest, et sur le plateau d'Albion dans le Vaucluse. Et ce, sans aucun contrôle des niveaux de radioactivité, et sans aucune protection.

Pour la majorité de ces dossiers, la justice refuse de considérer ces pathologies comme liées au nucléaire. Mais ces anciens travailleurs se battent pour que l'État les indemnise. Leurs avocats ont déposé des recours devant les tribunaux administratifs pour prouver le lien entre la maladie et le travail effectué dans les bases militaires.

"Du matin au soir à toucher les têtes nucléaires"

Louis Suignard a travaillé sur le site de l'île Longue pendant 8 ans. Il a eu un cancer de la prostate à 50 ans et pour lui, ça ne fait aucun doute, c'est lié à son travail: "On travaillait du matin jusqu'au soir à toucher les têtes nucléaires. Il y a avait un poste de travail où mon bas ventre touchait la matière active, qu'on ne vienne pas me dire que ça n'a pas pu causer des choses au niveau de ma prostate ".

Annie Thébaud-Mony, chercheuse à l'Inserm, spécialiste des maladies professionnelles affirme que les risques ne pouvaient pas être méconnus: "Le danger leur a été complétement dissimulé parce que l'armée savait, on savait depuis les années 40 au moins voire même avant que les rayonnements ionisants étaient dangereux. On est en présence d'une volonté délibérée de la part des industriels et de l'Etat de ne pas assumer ce que sont les risques industriels, ce que j'appelle les crimes industriels".

"L'Etat doit assumer sa responsabilité"

François Lafforgue, l'avocat de ces travailleurs, pointe aussi la responsabilité de l'Etat: "Durant toutes ces années où ils ont travaillé en contact direct avec ces têtes de missile, il n'y avait aucun contrôle. Ils n'ont jamais été informés durant toute leur carrière des dangers auxquels ils étaient exposés. On réclame la prise en charge de leurs maladies au titre de la législation sur les maladies professionnelles et qu'ils perçoivent des indemnisations. Cette situation dramatique doit mieux être prise en compte par l'Etat. L'Etat doit assumer sa responsabilité".

La rédaction avec Marie Régnier