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Caméra Café fête ses 20 ans: un anniversaire au diapason de la société

"Caméra Café" est de retour. Pour fêter les 20 ans de la série, M6 programme une soirée spéciale de sketchs inédits "Caméra café, 20 ans déjà". Satire de la société et du monde du travail, la série continue dans cette veine avec un duo Le Bolloc'h/Solo toujours complice et engagé.

Caméra toujours dans la machine à café, les employés de la G.E.S. (Geugène Electro Stim) sont de retour sur le petit écran. Mais sans Jean-Claude "JC" Convenant (Yvan Le Bolloc'h), viré de l'entreprise. C'est son vieil ami, Hervé "Vévère" Dumont (Bruno Solo), le délégué syndical de l'entreprise, qui est chargé de faire ses cartons et de le conduire vers la sortie. L'occasion de se remémorer des souvenirs et de renouer une amitié qui s'est distendue avec les années. "Caméra Café" est de retour pour une soirée spéciale anniversaire, "20 ans déjà", sur M6, le 24 janvier 2023, toujours collé à la société, au monde du travail.

Invités de la Matinale Week-End de RMC, Bruno Solo et Yvan Le Bolloc'h ont témoigné de leur émotion de retrouver "ces personnages qui font partie de nous".

"Les gens qui viennent nous voir nous en parlent. Ils ne nous ont jamais quitté. Il y a une part de nous dans ces personnages pour la "déconne", moins sur les valeurs qu'ils véhiculent", avoue Bruno Solo.

20 ans plus tard, il n'a pas fallu beaucoup de temps pour se remettre dans la peau de leurs personnages. "Je me suis tapé des heures et des heures de déconnade, avant (le tournage). Les costumes sont encore chaud", explique Yvan Le Bolloc'h. "C'est le coup du vélo: on retrouve les réflexes" estime Bruno Solo.

Un téléfilm au diapason de la société

Comme il y a 20 ans, "Caméra Café" colle aux faits de société. "Le harcèlement moral, la vie en entreprise, le racisme, le harcèlement sexuel, le handicap, les délocalisations sauvages, les mesquineries entre employés", on en parlait déjà. remonte les quinze dernières années, de l'élection de François Hollande à la Coupe du monde de 2006, de l'incendie de Notre-Dame à l'affaire DSK, du Mariage pour tous, aux Gilets jaunes.

"Depuis qu'on a arrêté, il y a eu tous ces bouleversements, ces ruptures, qui sont arrivés dans notre société. On s'est appuyé sur tout cela, les quelques choses formidables et drôles et les tragédies, pour en faire une satire sociale", explique Bruno Solo.

"Le monde du travail est de plus en plus sous surveillance, sous contrainte" estime Yvan Le Bolloc'h qui dit "ne (s'être) jamais caché de traiter les sujets du monde du travail: les retraites, les licenciements abusifs, le harcèlement en entreprise." "C'est l'environnement qu'on partage avec tous les Français" juge-t-il. Si l'entreprise est placée dans "le péri-urbain", "entre nulle part et pas grand-chose" comme dit Yvan Le Bolloc'h, à la lisière des villes, "à 597 km. De quoi ? Mais de tout !", ce n'est pas un hasard. Ce qui est rapproche du point de vue quotidien des Français.

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Un duo engagé

Vingt ans après, Caméra Café semble toujours autant en diapason le monde qui l'entoure. Avec un regard particulier de la part des deux auteurs, tous deux plus ou moins engagés. Ils ont tous les deux signé une tribune contre la réforme des retraites. A ceux qui répondent que ce n'est pas le rôle des artistes, Yvan Le Bolloc'h répond "chacun fait ce qu'il veut et ce qu'il peut".

"Si certains veulent sortir du bois, d'accord. Ce n'est pas évident. Mais, moi je suis très clair: je suis du côté des travailleurs qui manquent de tout dès le 15 du mois", déclare Yvan Le Bolloc'h. "On a une certaine légitimité pour en parler, parce que nous sommes nous-mêmes fils d'ouvriers" explique Bruno Solo qui développe:

"Mon père était dans le bâtiment, les bras levés toute la journée, staffeur. Il était très heureux quand il a pris sa retraite à 62 ans, après un métier assez pénible. Il y a une solidarité philosophique qui s'exprime et je suis foncièrement de gauche. J'ai mes opinions et je le fais passer par mes films. Mais je ne désigne pas ceux qui ne le font pas. Quand on a un engagement, on nous demande des comptes et là il faut être prêt."

"Luchini le dit très bien, c'est trop dur pour moi d'être de gauche", rétorque avec humour son compère Yvan Le Bolloc'h. Quand Bruno Solo parle de comptes à rendre, il évoque un épisode qui l'a marqué: "On m'avait accusé d'avoir habité en Belgique pour des raisons fiscales. C'est faux ! C'est quand j'ai commencé à monter une maison de production que je suis rentré en France, j'étais en Belgique par amour. Ça me coûtait plus cher d'habiter en Belgique. J'ai toujours payé mes impôts en France. De temps en temps, on nous montre du doigt. Mais je suis cohérent avec mes positions", explique-t-il.

Si les artistes sont pointés du doigt, la rage sur les réseaux sociaux est autant présent, c'est parce "qu'il manque quelque chose aux gens dans le spectacle à la télévision, dans la caricature, dans la critique sociale" explique Le Bolloc'h. "Les gens ont l'impression qu'ils ne sont pas représentés et qu'on parle à leur place":

"Ils étouffent, on ne les entend pas, on ne les écoute pas, on ne les prend pas en considération, on ne respecte pas leur dignité. Si cette voix-là, je peux la porter, je le fais avec plaisir. J'espère ne pas les trahir. Le monde des sans garde, les péri-urbains, qui fument des clopes et roulent au gasoil", dénonce Yvan Le Bolloc'h.

Une parole qu'on entend à la machine à café et qui malheureusement n'en sort que très rarement.

https://twitter.com/mmartinezrmc Maxime Martinez Journaliste RMC