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Mort de Jean-Luc Godard: "Nous perdons un trésor national" salue Emmanuel Macron

Jean-Luc Godard

Jean-Luc Godard - AFP

Jean-Luc Godard, réalisateur d'"A bout de souffle", "Pierrot le fou" ou encore "Le Mépris", est mort, à l'âge de 91 ans. Emmanuel Macron salue "un trésor national".

Réalisateur iconique de la "Nouvelle Vague", dans les années 1950-1960, le cinéaste franco-suisse Jean-Luc Godard est mort ce mardi, à l'âge de 91 ans. Il avait réalisé "A bout de souffle" et "Pierrot le fou", avec Jean-Paul Belmondo, ou encore "Le Mépris".

"Le cinéaste Jean-Luc Godard est décédé le 13 septembre 2022, annoncent son épouse Anne-Marie Miéville et ses producteurs. Aucune cérémonie officielle n'aura lieu. Jean-Luc Godard est décédé paisiblement à son domicile entouré de ses proches. Il sera incinéré", indique le bref communiqué transmis à l'AFP.

Interrogé par l'AFP, il a expliqué que l'annonce aurait dû être faite dans "deux jours" et que le communiqué avait dû être écrit à la hâte à la suite de la fuite sur le décès de M. Godard dans la presse. Il est décédé "paisiblement chez lui, entouré de son épouse", a-t-il dit.

L'incinération aura lieu "d'ici deux jours, peut-être demain encore", a-t-il ajouté, en précisant que "les cendres resteront avec son épouse". L'incinération "doit vraiment se passer dans l'intimité", a-t-il insisté.

"Un regard de génie" selon Emmanuel Macron

"Ce fut comme une apparition dans le cinéma français. Puis il en devint un maître. Jean-Luc Godard, le plus iconoclaste des cinéastes de la Nouvelle Vague, avait inventé un art résolument moderne, intensément libre. Nous perdons un trésor national, un regard de génie", salue le président de la République Emmanuel Macron sur Twitter.

"Je ne veux parler que de cinéma. Pourquoi parler d'autre chose? Avec le cinéma, on parle de tout, on arrive à tout", disait avec son accent traînant le Franco-Suisse Jean-Luc Godard, qui "a fichu la pagaille dans le cinéma", selon François Truffaut, son complice, un temps, de la Nouvelle Vague.

"JLG", qui a tourné une cinquantaine de longs-métrages depuis le début des années 1960 - auxquels s'ajoutent des dizaines de formats courts ou vidéos, était une figure à la fois familière et énigmatique, à l'image de ses films.

Cinéaste parmi les plus étudiés dans le monde, il a été honoré par un César et un Oscar pour sa carrière, ainsi que par une Palme d'or spéciale à Cannes en 2018. Les films de l'homme aux lunettes en écaille tranchaient par leur montage inédit, nerveux, une utilisation très personnelle des citations littéraires, ou leur esprit provocateur. "JLG" a toujours divisé critiques et public: pour certains, c'est un génie, pour d'autres un cinéaste à l'oeuvre hermétique.

Il a su occuper comme personne le domaine de la théorie du cinéma, livrant ses préceptes: "Quand on va au cinéma, on lève la tête. Quand on regarde la télévision, on la baisse" ou "le cinéma n'est pas à l'abri du temps. Il est l'abri du temps".

"Star de sa génération"

"On a perdu la mesure de ce qu'il a représenté dans l'imaginaire du monde occidental dans les années 60 et 70. C'était la star de sa génération", soulignait l'ex-directeur des Cahiers du cinéma Jean-Michel Frodon.

Né à Paris le 3 décembre 1930 d'un père médecin et d'une mère issue d'une riche famille protestante, il grandit en Suisse dans un milieu raffiné.

Il aime le sport, obtient difficilement le bac à Lausanne. Ses parents divorcent, sa mère meurt en 1954. Années pénibles, vie de bohème. Jean-Luc, kleptomane, est banni de sa famille.

Inscrit à la Sorbonne pour étudier l'ethnologie, il préfère fréquenter les cinés-clubs. Aux Cahiers du cinéma, où il signe dans les années 1950, il côtoie des jeunes gens créatifs et turbulents: François Truffaut, Éric Rohmer ou Claude Chabrol, tous opposés au "cinéma de papa".

Son premier long-métrage, "A bout de souffle" (1960), avec Belmondo, devient le manifeste esthétique de la Nouvelle Vague et sera son plus grand succès public. Un an plus tard, il épouse Anna Karina, une jeune actrice danoise qui jouera dans sept de ses films dont "Le Petit Soldat" - sur un déserteur pendant la Guerre d'Algérie, un temps interdit - , "Une femme est une femme" et "Pierrot le fou" en 1965, avec Jean-Paul Belmondo, l'un de ses chefs d'oeuvre.

En 1963, c'est le succès public du "Le mépris", dans lequel Brigitte Bardot, nue sur un lit, demande à Michel Piccoli: "Et mes fesses, tu les aimes, mes fesses ?...".

Anna, Anne et Anne-Marie

Deux ans plus tard, il rencontre Anne Wiazemsky. Débutent alors les "années Mao", période plus radicale de sa vie, dominée par "La Chinoise" (1967), joué par Anne qu'il épouse. Godard participe activement à Mai 68. Avec un coup d'éclat, la descente à Cannes qui entraînera l'annulation du festival, aux côtés de Truffaut, Claude Lelouch, Claude Berri, Jean-Pierre Léaud...

"Je vous parle solidarité avec les étudiants et les ouvriers et vous me parlez travelling et gros plan ! Vous êtes des cons !", lance-t-il. Il tourne ensuite des oeuvres didactiques et gauchistes, prenant des positions pro-palestiniennes qui font polémique. Anne ne comprend plus son cinéma. Ils se séparent en 1970.

En 1971, il est victime d'un grave accident de moto. C'est à ce moment qu'il se lie avec la scénariste Anne-Marie Miéville. D'elle, il dira: "il y a eu les femmes dans mes films et la femme dans ma vie". Au milieu des années 70, l'homme à la "mélancolie constante" qui a fait plusieurs tentatives de suicide, selon son biographe Antoine de Baecque, s'installe à Grenoble, où il se passionne pour la vidéo.

En 1977, le couple pose ses valises en Suisse, à Rolle. Après s'être consacré un temps à la vidéo, il revient dans les années 1980 à la fiction avec "Sauve qui peut (la vie)", avec Isabelle Huppert et Jacques Dutronc, "Passion", "Prénom Carmen", Lion d'or 1983 à la Mostra de Venise, ou "Détective" avec Johnny Hallyday et Nathalie Baye. Il revient par à-coups dans l'actualité comme avec sa monumentale "Histoire(s) du cinéma", réalisée de 1988 à 1998, livre et films de collages et de citations.

Entré dans une nouvelle phase expérimentale, il présente à Cannes, sans jamais venir, "Film socialisme" en 2010, puis "Adieu au langage" en 2014, oeuvre inclassable en 3D récompensée par le Prix du jury, et en 2018 "Le livre d'image", consacré en grande partie au monde arabe, où se succèdent images et citations en voix off. Une Palme d'Or "spéciale" lui est décernée pour ce film.

LP avec l'AFP