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Prix Nobel de littérature: qui est Annie Ernaux, la première Française récompensée?

Annie Ernaux a obtenu ce jeudi le prix Nobel de Littérature. Elle devient ainsi la première écrivaine française à obtenir ce prix, à 82 ans. Retour sur une longue carrière débutée en 1974 avec son premier livre.

Annie Ernaux est la première Française à décrocher le Prix Nobel de littérature. Elle l’a obtenu ce jeudi. Auparavant, 15 hommes français avaient reçu le Nobel de littérature: Camus, Gide, Mauriac, Le Clézio, Modiano, et Sartre qui, lui, l’a refusé en 1964. Et donc enfin l’écrivaine Annie Ernaux, à 82 ans. Et il faut bien dire “écrivaine” et non pas “romancière”. C’est elle qui insiste là-dessus. ”C’est agaçant. Quand une femme écrit, on dit romancière. Quand un homme écrit, on dit écrivain”.

Écrivaine donc et combattante. Elle a grandi dans les années 1940-50 à Yvetot, en Normandie, dans une famille modeste. Son père était un ouvrier agricole avant d’ouvrir un café-épicerie. Elle a fait ses études à Rouen et à Bordeaux jusqu’à décrocher l’agrégation de lettres modernes. Elle est devenue prof de français, s’est mariée, a eu deux enfants. Mais très vite, elle est entrée en littérature sans jamais renier ses origines, sans jamais faire semblant d’appartenir à la petite bourgeoisie littéraire de Saint-Germain-des-Prés.

Des positions politiques controversées

Son œuvre est en réalité une longue autobiographie, et ce dès son premier livre en 1974 “Les armoires vides”. Avec “La Place”, qui lui vaut le Prix Renaudot en 1984, elle parle de son père. Puis de la mort de sa mère, malade d’Alzheimer, dans “Une femme”. Dans “Mémoire de fille”, elle dépeint l’année de ses 18 ans, sa première expérience sexuelle, “la grande mémoire de la honte”, comme elle dit. Et dans “L’événement”, adapté au cinéma l’an dernier, elle raconte comment la jeune étudiante qu’elle était va avorter en 1963, dans une France où l’avortement et la contraception étaient hors la loi. Une vie d’écriture, donc, et d’engagement.

Des engagements qui ne font pas tous l’unanimité. Annie Ernaux est une femme de gauche. Radicalement. Soutien de Jean-Luc Mélenchon dès 2012 et encore lors de la dernière présidentielle. Ce dernier a écrit sur Twitter jeudi “pleurer de bonheur” à l’annonce de ce prix.

Annie Ernaux a soutenu les “Gilets Jaunes”. Elle s’est engagée, sous François Hollande, contre la loi El Khomry. Et auprès des personnels de santé contre Emmanuel Macron. Mais, plus problématique, elle a aussi défendu Houria Bouteldja, la porte-parole du mouvement des Indigènes de la République, face aux accusations d’antisémitisme et de communautarisme. Et, comme Jean-Luc Godard, décédé récemment, elle s’était prononcée en 2018 pour le boycott de la saison culturelle France-Israël, et même contre la tenue du concours de l’Eurovision à Tel-Aviv en 2019.

Laurent Neumann